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Anthropologie politique

Sommaire
1 Généralités
2 Types d'organisations
3 Bibliographie

Généralités

Le mot politique a pour sens : qui se rapporte à  la cité (de polis, la cité en grec). La cité est l'ensemble des citoyens organisés suivant des lois. Cette organisation est un politeion, mot que l'on peut traduire par constitution (cf. Aristote, Les Politiques). Selon Aristote, c'est l'appartenance à  cette constitution, largement indépendante des conditions matérielles, qui fait le citoyen et fait naître en l'individu le sentiment de participer à  un groupe collectivement administré. L'étude de cette réalité est l'une des parties de l'anthropologie.

Nous suivrons Balandier (voir bibliographie) pour caractériser cette partie : selon lui, l'anthropologie politique "tend à  fonder une science du politique, envisageant l'homme sous la forme de l'homo politicus et recherchant les propriétés communes à  toutes les organisations politiques reconnues dans leur diversité historique et géographique."

Il s'agit donc d'étudier le gouvernement des hommes et ses institutions, les variétés de régimes dans leur organisation et leur développement, et les discours et représentations symboliques qui permettent ou s'efforcent de les légitimer. C'est évidemment une tà¢che immense, qui n'a d'ailleurs pris une véritable importance dans le milieu des anthropologues que dans les années 60. Nous présenterons autant que possible les cadres généraux de cette discipline, en nous appuyant sur divers auteurs (voir bibliographie), sans prétendre pouvoir être exhaustifs.

Types d'organisations

Le pouvoir dans la parenté

Pour un exposé général de l'organisation de la parenté, voir parenté.

Structures politiques

Nous ne connaissons pas de société sans une organisation, même minimale, du pouvoir, et toutes les sociétés sont hétérogènes. Cette hétérogéneité distribue les individus selon des fonctions variables qui dépendent elles-mêmes de leur place dans le groupe. Chez Aristote (Ethique à  Nicomaque, livre I), l'ensemble des rà´les humains se subordonnent à  des finalités supérieures : l'élevage des cheveaux à  l'art de la guerre, et l'art de la guerre à  la politique. De même que la philosophie ordonne la pensée (Métaphysique, livre A), la politique ordonne et unifie la société des hommes.

Les concepts fondamentaux de l'anthropologie politique sont donc à  peu près les suivants : société, pouvoir, politique, hiérarchie, inégalités sociales, etc. Nous verrons que les sociétés les plus homogènes en apparence sont tout de même hiérarchisées et définissent des inégalités.

Ce qui fait surtout l'objet de controverses, c'est la question de savoir si ces inégalités sont entièrement naturelles ou si la culture définit des fonctions très variables d'une société à  l'autre, à  partir d'inégalités naturelles qui ne sont pas néanmoins fondatrices et qui devraient de ce fait être plutà´t appelées différences (comme les différences hommes\\femmes par exemple). Cette question sera abordée plus loin.

Nous commencerons par décrire dans leurs généralités quelques exemples d'organisations politiques. Par la suite, nous reviendrons plus en détail sur les hiérarchies sociales sous-jacentes à  ces organisations.

Les sociétés sans hiérarchie différenciée

Dans ce type de société, o๠les différences dans la hiérachie sociale sont faibles, le pouvoir n'a pas de structure centralisée ou d'institutions visibles chargées de maintenir l'ordre. Une certaine autorité est cependant confiée aux chefs de famille, à  un conseil d'anciens, ou à  des personnes expertes dans les réalités sacrées. C'est la morale et la religion qui servent à  sanctionner la violation des interdits et des individus sont parfois exclus, lorsqu'ils menacent de prendre une trop grande importance au sein du groupe.

Ces sociétés vivent de chasse, de cueillette, de pêche, etc. par petits groupes de quelques dizaine d'individus.

D'après Laburthe-Tolra, ce genre de société se rencontrent en zones forestières, montagneuses et désertiques "o๠il est difficile de réaliser des unités politiques au-delà  du village" ; et à  la suite de la décomposition de grands ensembles politiques, ce qui réfute l'idée d'une évolution nécessaire des sociétés vers des systèmes étatiques.

Le "Big Man"

Les sociétés à  chefferies

Les systèmes étatiques

Pouvoir et société

Nous avons déjà  eu l'occasion de souligner que toutes les sociétés connues comportent des hiérarchies, des structures de pouvoir, même si elles ne sont pas toujours immédiatement visibles pour un observateur extérieur (d'une autre culture). Ces hiérarchies sont évidemment très variables. Il s'agira maintenant d'exposer les relations entre structures sociales et formes de pouvoir.

Distinguons dans un premier temps :

A partir de là , nous pouvons nous demander : Nous ne répondrons pas à  ces questions tour à  tour, mais nous nous efforerons de distinguer les grandes catégories sociales et politiques qui y correspondent.

Les inégalités dans les sociétés autres que humaines

Puisque l'anthropologie étudie l'homme en tant qu'animal, il est indispensable de comparer toutes les sociétés animales connues. Soulignons que de telles comparaisons doivent restées prudentes.

L'article chimpanzé donne un exemple d'une société animale non humaine comportant quelques degrés de hiérarchie. Les hiérarchies animales chez les vertébrés répondent généralement à  ces trois besoins :

Ces besoins conduisent donc parfois à  des affrontements violents. Des hiérarchies sont constituées qui produisent en même temps des réactions signifiantes ; comportements de domination ou de soumission, etc. Il faut remarquer que les hiérarchies observées ne sont jamais très stables. C'est une des raisons pour lesquelles on ne doit pas exagérer la ressemblance entre ces hérarchies et les hiérarchies humaines, et rester prudent : il entre dans les sociétés humaines des éléments autres que la force et qui permettent tout autant, si ce n'est plus efficacement, de constituer et de conserver des hiérarchies. Ces éléments sont surtout d'ordre symbolique.

Différences entre les sexes

Les différences naturelles entre hommes et femmes sont peut-être à  l'origine de la répartition des rà´les (en particulier pour le travail) ; pourtant ces rà´les sont toujours socialement définis, ce qui implique que le féminin et le masculin ne sont pas définis biologiquement : il arrive que des femmes tiennent le rà´le d'hommes et inversement. Si l'on considère l'ensemble des sociétés, on constate que beaucoup d'activités sont tantà´t considérées comme féminines, tantà´t comme masculines. Certaines fonctions sont néanmoins plus sexuées, pour des raisons plus ou moins naturelles : la chasse ou l'élevage sont surtout assurées par les hommes ; et les femmes sont considérées souvent comme des richesses dont la valeur propre est l'enfantement. Cela ne signifie pas cependant qu'une telle répartition implique nécessairement une domination masculine ; mais cette domination masculine est de loin la plus fréquente, et perdure largement dans les sociétés industrielles. Cette domination est sans doute originellement fondée par la force et la violence physiques, puis légitimée par l'imposition de formes symboliques de domination.

La légitimation de cette domination se fait par la valorisation des activités masculines et par des mythes o๠les femmes sont souvent représentées comme des être rebelles et tyranniques, d'o๠la nécessité de les soumettre à  l'ordre social qu'elles menacent par leur nature irrascible ou fluctuante. Cette conception de la femme est largement répandue : par exemple, à  Rome, le proverbe dit : femina est mutabile : la femme est un être changeant ; en Grèce, le proverbe dit : la plus belle parure d'une femme, c'est son silence. Dans certaines sociétés traditionnelles, le "bavardage" des femmes est censé être un danger pour l'équilibre de la parole, parole qui dans la mythologie a souvent une valeur cosmique fondatrice.

Cette dévalorisation s'accompagne, selon Marcel Mauss (Esquisse d'une théorie générale de la magie), du fait que les femmes sont "crues magiciennes, dépositrices de pouvoirs, (...) réputées qualitativement différentes des hommes et douées de pouvoirs spécifiques." La peur éprouvée par les hommes à  l'égard du pouvoir réel ou supposé des femmes joue donc un grand rà´le dans cette violence symbolique. Cette crainte peut être une crainte de l'homme face aux forces de la nature telles qu'elles s'expriment par exemple dans la fécondité. Les femmes peuvent alors être perçues comme plus proche de la nature et moins "civilisées" que les hommes, alors que c'est une conception symbolique qui leur impose ce statut à  travers des structures de domination masculines. Cela n'empêche pas les hommes de concevoir paradoxalement (par opposition à  cette valeur de fécondité, positive et fondamentale dans la parenté) les femmes comme des êtres maléfiques : "la femme c'est la mort" (Maitrayani samhita cité par Mauss).

Il n'est alors peut-être pas exagéré de dire que le mépris pour les femmes est un sentiment universellement partagé par les hommes.

Nous trouvons dans cette hiérarchie symbolique entre hommes et femmes un exemple paradigmatique de structuration du pouvoir : violence physique et légitimation par des pratiques et des discours qui imposent les valeurs du dominant. Il faut cependant éviter de concevoir cette domination comme un schéma simpliste qui opposerait des oppresseurs à  des opprimés (au masculin, même dans notre exemple, car nous parlons de rà´les sociaux qui peuvent en eux-mêmes être aséxués). En effet, un aspect important d'une hiérarchie, c'est que, s'imposant à  tous, elle s'impose aussi à  ceux qui sont jugés inférieurs ; ceux-ci peuvent donc se juger eux-mêmes d'après cette hiérarchie des valeurs. Mauss souligne ainsi que "la société, celle des hommes, nourrit à  l'égard des femmes de forts sentiments sociaux que, de leur cà´té, elles respectent et même partagent." Mais il resterait à  étudier les rebellions des femmes dans les sociétés traditionnelles.

Différences entre les à¢ges

Les différents à¢ges de l'homme forment une hiérarchie initiatique. Comme dans la socialisation des sexes, les aspects biologiques ne sont qu'un point de départ structurés et modifiés par des représentations culturelles. L'à¢ge réel n'est donc pas nécessairement l'à¢ge social. Ainsi les classes d'à¢ge correspondent-elles à  une communauté d'initiation o๠les individus n'ont pas nécessairement le même à¢ge.

L'initiation consiste à  devenir apte à  remplir une fonction sociale : par exemple, le jeune homme prend le statut de guerrier, devient père, devient finalement un Ancien ; la jeune fille se marie, devient mère. Ces statuts sont moins marqués dans les sociétés industrielles, mais existent néanmoins.

Dans les sociétés traditionnelles, les vieillards occupent les places les plus hautes de la hiérarchie, et jouent parfois un rà´le emportant dans le réglement des conflits en raison de leur sagesse pratique réelle ou supposée. Le pouvoir des Anciens peut être considérables : cette fonction donne par exemple le droit dans certaines sociétés d'administrer les rites, et le pouvoir politique des vieillards s'exprime par des conseils dont le roi n'est que le premier inter pares (exemple : la royauté à  Rome) Ainsi, le mot latin sénat vient de senex, vieillard, et seigneur vient de senior ; les Anciens ont également une part importante du pouvoir à  Athènes, à  Spartes (gerousia). Dans l'ensemble, les anciennes aristocraties sont des gérontocraties.

Il ne faut cependant pas trop simplifier cette conception. Par exemple, si le grand à¢ge est respecté en Grèce ancienne, on voit dans l'Iliade que si les conseils du vieux Nestor sont toujours écoutés, il ne sont jamais suivis par les jeunes guerriers, ce qui est exprimé par la réponse répétée : "c'est bien dit vieillard, mais..." Homère laisse entrevoir les rivalités existantes entre classe d'à¢ges : les jeunes gens sont impulsifs et irréfléchis, et il est nécessaire que les vieillards les contiennent par la force du droit.

En revanche, dans les sociétés o๠la nouveauté est une véritable valeur culturelle, le grand à¢ge a le plus souvent des connotations négatives qui se trouvent également liées à  l'occultation de la mort et de ses rituels.

Le sacré comme fondement des inégalités

L'autorité du savoir et de la vérité

Economie

L'État : centralisation du pouvoir

Hiérarchies dans les sociétés d'Europe occidentale

Les formes de résistance au pouvoir

Bibliographie