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Criminologie

   

Science jeune, science nouvelle, la criminologie est l'une des premières sciences résolument et délibérément multidisciplinaire ou interdisciplinaire. En effet, née officiellement à  peu près en même temps que la sociologie (voir Auguste Comte et Émile Durkheim), elle s'est presque aussità´t enrichie des apports de la médecine, de la psychologie, du droit et de la pénologie avant de se développer en direction de la biologie et de la psychologie sociale. Le mot « criminologie Â» vient du mot latin crimen, crime et du mot grec logos, discours.

D'aucuns y verront immédiatement le stigmate d'une science bà¢tarde. à€ l'origine en effet, dans la moitié du XIXe siècle, la criminologie est d'abord un discours sur le crime et la criminalité, ce qui en fait un des premiers champs d'étude de la sociologie. Mais, comme depuis le siècle des Lumières, d'une part des juristes criminalistes s'intéressent au sort que l'on doit réserver aux délinquants (voir Beccaria), d'autre part des médecins cherchent à  comprendre et à  traiter l'esprit criminel (voir Pinel), très rapidement la criminologie s'est développée dans la direction de la compréhension du criminel (voir Lombroso, Ferri, Lacassage) et un peu plus tard celle de sa victime.

C'est ainsi que depuis la fin du XIXe siècle, on peut dire que la criminologie au sens large est la science dont l'objet polyforme est constitué par tout ce qui touche le phénomène criminel, soit aux premiers chefs le crime, la criminalité, le criminel et sa victime, mais aussi et par extension la prévention du crime, la réaction sociale face au crime, la place des victimes dans le processus criminel, les instances de lutte au crime, le contrà´le de la déviance, l'étude de la violence physique ou morale, etc. Sur ce vaste et multiple objet, la criminologie a eu du mal à  développer son monopole méthodologique et son autonomie scientifique. Dès son origine, elle a été tiraillée par des mouvements tantà´t centripètes tantà´t centrifuges. Les premiers ont favorisé le passage des disciplines mères à  une science autonome ; on a vu - par exemple - la sociologie criminelle devenir la criminologie sociologique, la psychologie criminelle se transformer en criminologie psychologique, la biologie criminelle muer en biocriminologie. Mais, à  l'inverse, surtout à  la fin du XXe siècle, on a vu croître la tendance au développement de disciplines spécialisées telles que la victimologie, les sciences policières, la polémologie, la génétique criminelle, le profilage criminel, etc.

Comme ceux qui font la criminologie viennent presque toujours d'une formation scientifique particulière, la criminologie souffre d'une maladie congénitale que le discours en faveur de la multidisciplinarité n'a pas encore réussi à  endiguer ; il s'agit d'une menace d'éclatement au profit de sciences spécifiques. C'est sans doute cette perversion originelle qui a empêché les criminologues de diverses provenances scientifiques d'arriver à  des « solutions Â» opérationnelles face au phénomène criminel. Malgré d'indéniables percées dans la connaissance du phénomène de la déviance, les criminologues passent encore pour d'aimables « pêleteux de nuages Â», quand ils n'ont pas une pratique dans une profession reconnue comme la police, la psychiatrie, la psychologie ou la biologie.

En ce début de XXIe siècle, il est à  souhaiter que rapidement les barrières entre disciplines tombent, comme elles le font dans les démarches scientifiques de l'espace ou de l'informatique et qu'à  l'instar de l'écologie la criminologie fasse enfin ses preuves pratiques.