Accueil |

Dénotation et connotation

L'étude du lexique d'une langue naturelle conduit à  remarquer que la plupart des lemmes (les « mots » de cette langue) sont caractérisés par une dualité sémantique : en effet, étant donné un lemme courant, il est souvent possible d'en donner plusieurs signifiés, parmi lesquels l'un semblera objectif et invariant quels que soient les contextes, l'autre (ou les autres) subjectif (nuances mélioratives, laudatives, péjoratives, qui indiquent le point de vue du locuteur) et dépendant d'un contexte tel que la culture du locuteur, le registre de langue adopté, l'époque, la situation de communication, etc.

En sorte, étant donné le lemme renard, on peut dire qu'il possède :

L'ensemble de tous les sens d'un même lemme, dénoté et connotés, est nommé champ sémantique de ce lemme.

On peut donc dire que si la dénotation est le signifié « universel » (pour un Japonais, la notion objective de couleur blanche » renvoie à  la même réalité que pour un francophone), la connotation ne l'est pas. Étant subjective, elle varie selon les cultures voire les locuteurs : c'est ce qu'un mot évoque comme image mentale et comme associations d'idées. Par exemple, le blanc est pour un Occidental la couleur de la pureté et du mariage. C'est celle du deuil pour un Extrême-Oriental.

Sommaire
1 Importance variable de la connotation dans l'énonciation
2 Connotations intrinsèques
3 Termes non connotés
4 Articles connexes

Importance variable de la connotation dans l'énonciation

Selon le contexte, l'un des sens connotés d'un terme peut soit s'ajouter implicitement au sens dénoté, soit le remplacer. L'addition du sens connoté est un procédé plus ou moins conscient : ce sens s'ajoute au dénoté selon la culture que l'on a (telle personne ne saura pas que dérrière le mot travail se cache, étymologiquement, la notion de torture, tandis que le sens étymologique apparaîtra en filigrane pour telle autre, par exemple). La littérature joue très souvent avec les connotations des termes qu'elle utilise.

Quand, cependant, un traite un enfant de cochon, il est entendu que l'on ne veut pas signifier qu'il est un mammifère artiodactyle (dénoté) mais qu'il agit salement (connoté). Quand un terme possède un sens connoté susceptible d'être utilisé à  la place du dénoté, il est généralement répertorié dans le dictionnaire. Par exemple, à  l'article gras, on trouvera :

  • sens propre : constitué de graisses, de corps lipidiques, qui contient des graisses ;
sens figuré : obscène, graveleux.

Seule le contexte permet de choisir quel est le sens voulu : un énoncé comme « il est gras » ne permet pas de trancher, alors que « des propos gras » si. En effet, des propos étant par essence immatériels, ils ne peuvent être de nature lipidique.

Connotations intrinsèques

D'autre part, certains mots portent en eux une valeur axiologique intrinsèque : ils indiquent obligatoirement le point de vue du locuteur. C'est le cas pour les mots péjoratifs et mélioratifs, par exemple. Les connotations de stupide, par exemple, ne peuvent être que négatives mais elles renvoient à  la même notion qu'inintelligent, qui se montre plus neutre.

On observe cependant des renversements de connotations : con (en tant qu'adjectif) est connoté négativement dans la majorité des contextes (injure, juron) mais peut prendre une tournure affectueuse entre personnes proches. C'est là  une connotation variant selon la situation de communication.

Termes non connotés

Échappent à  cette dualité dénotation / connotation les termes scientifiques, qui, généralement, ne renvoie qu'à  la réalité qu'ils décrivent. Acide désoxyribonucléique, par exemple, n'a pas de connotations car ce mot n'a pas été utilisé de manière littéraire ou populaire et ne fait pas partie de la culture propre d'un groupe de locuteurs. De fait, on ne lui a pas greffé de sens annexes et il ne porte pas le point de vue du locuteur.

Articles connexes