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Ethnométhodologie

L'ethnométhodologie a été fondée par Harold Garfinkel et Harvey Sacks dans le courant des années 1960. Il s'agit d'une science sociale qui s'est construite en opposition à  la sociologie de son époque et qui s'intéresse aux petits groupes d'individus.

Sommaire
1 Définition et perspectives
2 Les notions de l'ethnométhodologie
2.1 Indexicalité
2.2 Réflexivité
2.3 L'ariculation indexicalité/réflexivité
2.4 Idiot Culturel
2.5 Méthode documentaire d'interprétation
2.6 Accountability
2.7 Ethnométhodes
2.8 Allants de soi
2.9 Membre
3 Méthodologie
4 Lien avec d'autres sciences
5 Ethnométhodologues

Définition et perspectives

L'ethnométhodologie n'est pas une méthodologie de l'ethnologie mais la discipline qui s'intéresse aux ethnométhodes. La notion d'ethnométhode découle de travaux réalisés en ethnologie et qui visent à  s'intéresser au pratiques spécifiques des groupes étudiés concerant toute une série de question particulières. On distingue par exemple l'ethnomédecine qui s'intéresse aux différentes pratiques de par le monde visant à  provoquer la guérison.

S'inspirant de cette foule de spécialités, le terme d'ethnométhodologie désigne donc une discipline qui étudie la façon dont un groupe résoud ses problèmes concrets. Il s'agit d'un retournement de perspective par rapport aux méthodes d'inspiration structuralistes dans la mesure o๠l'ethnométhodologie ne vise pas à  observer avec une certaine extériorité des phénomènes dont elle offrira une lecture en fonction de concepts discutés au sein de la discipline mais s'intéressera de l'intérieur à  la manière dont le groupe construit et négocie ses propres notions de l'activité qu'elle est en train de mener. En termes plus simples, là  o๠les disciplines conventionnelles rangent le monde social dans des cases appropriées, l'ethnométhodologie cherche à  décrire les cases qu'un groupe se donne à  lui-même pour ranger les activités du monde social.L'éthnométhodologie a pour cette raison la prétention d'être une sociologie sans induction.

L'ethnométhodologie se reconnait totalement comme une phénoménologie, elle emprunte à  des auteurs d'horizons variés : Wittgenstein, Husserl, Shutz, Bar Hillel, Noam Chomsky, Erwinn Goffman... La discipline reconnait une importance fondamentale au langage, certains ethnométhodologue ne pratique ainsi que l'analyse conversationnelle.

Un certain nombre de notions clés établissent une méthodologie de description des groupes étudiés sans pour autant prescrire le moindre sujet de recherche. L'ethnométhodologie est une science qui s'intéresse à  la richesse du social immédiat plutà´t que de proposer une vision synthétique de la société dans son ensemble.

Les notions de l'ethnométhodologie

Les ethnométhodologues écrivent à  la première personne, considérant que toute description émane nécessairement d'un individu en fonction de son expérience et de ses idées. Suivant le même principe, il existe autant de définition de l'ethnométhodologie et de ses concepts que d'ethnométhodologues. Les définitions suivantes sont issues d'un travail universitaire effectué par l'auteur principal de l'aricle et comporte des passages à  la première personne. Cet entaille au principe d'une encyclopédie sont motivés par le fait qu'il est impossible pour un ethnométhodologue de présenter l'ethnométhodologie sans adopter une position compatible avec la discipline.

Indexicalité

Cette notion est sans doute la plus simple à  cerner. L'indexicalité désigne une propriété du monde plus qu'un phénomène social. Elle est issue de la linguistique et exprime l'idée selon laquelle le sens de toute chose est attaché à  son contexte. Les déictiques (ici, maintenant, derrière, je, elle, nous...) par exemple sont des mots identiques pour tout ceux qui les prononcent mais renvoient pour chacune de leur utilisation à  un contexte unique. Au moment de la rédaction de cet artcile, ici et maintenant, font référence à  une situation différente de celle de chacune de ses futurs lectures.

Une phrase peut également recouvrir des sens autres en fonction de qui la pronconce, de l'auditoire auquel elle est destinée, de l'endroit et du moment de son élocution ou de l'intonation de la voix... Supprimer tous les signes permettant l'interprétation limite grandement la compréhension de la phrase, à  savoir qu'il devient difficile à  quiconque d'y attribuer un sens précis et dont il soit complètement convaincu.

Je prendrai comme exemple un graffiti que j'ai vu près de la gare Montparnassependant des années depuis le train de banlieue que j'emprunte quotidiennement : Vive le PCP. S'agissait-il du PCP, drogue dérivé de LSD qui rend ses utilisateurs hyper-violents et insensibles à  la douleur ou du parti communiste péruvien ? Il aurait tout aussi bien été possible qu'il s'agisse d'une PCP tout à  fait différent. L'absence de contexte prêtait à  confusion. On voit ici comment l'indexicalité en ethnométhodologie est une propriété du langage naturel et non pas simplement de certaines expressions particulières comme le sont les déictiques.

L'indéxicalité peut également se retrouver hors du langage. Des comportements et des pratiques particulères individuelles peuvent également être indexicaux. Pour une femme, se promener seins nus sur une plage française à  la fin du 20ème siècle constitue un comportement normal, qu'elle le fasse dans les rues de la ville qui borde cette même plage et son acte relèvera de l'attentat à  la pudeur et choquera ses concitoyens. Dans ce cas, c'est le décalage des règles en fonction de l'endroit qui constitue l'indexicalité.

Réflexivité

La réflexivité comme activité d'interprétation

La notion d'indexicalité est une notion précise mais délicate à  manipuler car on peut rapidemnt la confondre avec l'indexicalité. Contrairement à  l'indexicalité, la réflexivité est un phénomème observable dans les comportements. On peut la comprendre comme la capacité de chacun à  interpréter les signes qu'il observe pour construire du sens.

Un même évènement donne lieu à  une compréhension toujours différente puisque chacun l'opère à  partir de son propre vécu. L'indexicalité ne créée pas de sens par elle-même. Dans notre exemple du graffiti, certains indices pouvaient permettre une interprétation.Vive le PCP était écrit à  la peintrure rouge, couleur dont la symbolique politique ne m'échappait pas. De plus, 10 mètres plus loin, Fujimori génocide était rajouté, visisblement par la même personne.

L'interprétation de ces signes relève de la réflexivité dans la mesure o๠l'individu qui lit le graffiti et qui s'interroge quant à  sa signification n'obtiendra pas le même résultat en fonction de sa culture. J'ai vu ce graffiti pour la première fois étant adolescent. Ma maigre culture m'indiquait alors que Fujimori était un nom japonais et que le Pérou n'était pas situé au Japon.

Ma propre réflexivité m'indiquait donc un paradoxe dans cette association du Pérou (pays hispanique peuplé d'amérindiens coiffés de bonnets multicolores qui cultivent la coca au milieu des lamas) avec un éventuel chef d'état d'origine japonaise. Ma première interprétation de nature toxicologique découlait naturellement de ma condition d'adolescent.

On donne fréquement la file d'attente comme exempe de ce qu'est la réfelexivité : une file d'attente existe parce que des infividus y participent, parce qu'ils l'ont tous reconnu comme telle. Le phénomène file d'attente existe parce que la réflexivité de chacun lui en a indiqué l'existence. Cette perception commune de la file d'attente n'empèche pourtant pas que tous aient une image différente de cette même file. On pourra se féliciter de voir une telle discipline, d'autres prendront la chose comme une épine dans le pied de leur liberté individuelle, d'autres encore regretterons de ne pouvoir avancer de quelques places sans se faire remarquer.

L'ariculation indexicalité/réflexivité

L'indexicalité est à  l'origine de tout phénomène de questionnement concernant une chose perçue. Comprendre le sens d'une publicité, l'utilisation d'un objet ou encore l'ouverture facile d'un emballage mais la création d'un sens relève de la réfléxivité. Le contexte n'apporte par lui-même aucune information. Le sens est un péhénomène cognitif, le résultat du fonctionnement du cerveau humain. Le contexte continue d'exister en dehors du rainsonnement humain alors que le sens en est issu et ne vit que par lui. Ce sont par exemple les mêmes étoiles qui ont sucité des interprétations mythologiques, astrologiques puis astronomiques différentes un peu partout dans le monde. L'indexicalité est ici consituée par le ciel étoilé et qui quasi immuable, à  l'échelle humaine pour le moins, la réflexivité par la foule d'interprétation irréconciliables qui découle de son observation.

Idiot Culturel

Généralisation de la capacité à  construire le sens

Harold Garfinkel dit qu'il n'y a pas d'idiot culturel, il réfute les modèles qui présentent des individus coumis à  des phénomènes dont ils n'ont pas conscience. Quel que soit son comportement, l'individu est capable de produire un discours pour le justifer. Si on lui pose une question indédite, le sens se construira dans l'instant. Peu importe la véracité du sens construit, le sens existe toujours.

Le sens que chacun a la capacité de construire ne doit pas être compris comme une epxresion plus ou moins fiable de ce qui se passe en réalité. Le sens n'est pas une image de la vérité mais une idée pratique doté d'une certaine force de conviction. Pour Harold Garfinkel le raisonnement scientifique emprunte les mêmes chemins que le raisonnement commun. Il est certes plus systématique et plus rigoureux, mais il reste consubstanciel.

Il est soumis, comme n'importe quel raisonnement, au contexte dans lequeil il s'énnocen. L'essentce du sicours scientifique, comme celle du discours profane, est donc indexicale. La rationnalité scientifique n'est qu'une expression locale d'un phénomène indexical.

Ainsi, quelle que soit la subtilité d'une idée et le travail d'obervation qui en est à  l'origine, elle n'a de sens que pour une population précise à  un moment donné. Elle n'est as dénuée d'intérêts pratiques pour ses contemporains mais sa prétention à  la vérité ne peut consitituer autre chose qu'une prétention.

L'utopie de le non-idiotie culturelle

L'idée selon laquelle il n'existe pas d'idiot culturel est souvent comprise comme une conception humaniste avec éventuellement une certaine dimension libérale qui voudrait que chacunsoit libre de ses choix et qu'a tout moment il décide pour lui-même sans être soumis au moindre déterminisme. Cette conception politique voir métaphysique déborde du champ de l'ethnométhodologie. Cette expression permet simplement d'établir l'idée selon laquelle créer du sens est une activité générale et systématique pour tous les humains. La cible initiale de cette remarque était plus particulièrement la sociologie des années 1950 et 1960 et la prétention des sociologues à  voir des phénomènes sociaux inaccessibles à  ceux qui sont directement impliqués dans ceux-ci.

Méthode documentaire d'interprétation

Les processus de construction du sens se comprennent bien au travers d'une expérience réalisée par Harold Garfinkel sur ses étudiants. Ils devaient rencontrer un éminant psychologue réputé pourvoir les conseiller efficaicement dans leur choix de vie. Le principe était de passer individuellement devant lui en lui posant dix questions dont la réponse puisse être oui ou non. CE que les étudiants ignoraient c'est que le psychologue répondait identiquement oui ou non aux question en fonction d'une lisste préétablie aléatoirement.

Dans sa quête de vérité, le cobaye étudiant modifiait ses questions en fonction des réponses obtenues précédemment. Il ne faisait pas grand cas des éventuelles contradictions des réponses que le hasard avait pu dicter. Il trouvait toujours une explication, une subtilité lui permettant de rétablir l'équilibre du sens qui se construisait donc seul. l'un d'entre-eux demanda par exemple si en tant que catholique il serait bon pour lui d'épouser la fille juive avec qui il sortait. La réponse fà»t non. il interpréta cette réponse un peu brutale en remettant en cause la problématique de sa question, considérant que le problème n'était plus celui du mariage proprement dit mais un autre facteur caché derrière la question du mariage. Il n'en choisira qu'un, correpsondant à  sa propre perception de sa situation. Mais une foule d'autres aurait pu être choisie en fonction de sa réflexivité propre : sa propre acceptation de la religion juive, le problème de la religion de leur futurs enfants, sa réelle envie de s'engager dans le mariage.

La très grande majorité des étudiants s'est révélée satisfaite de la prestation du psychologue alors même qu'elle aurait aussi bien été remplie par un pièce de monnaie et dix tirages de pile ou face. C'est un travail purement réflexif qui leur a permis d'établir un sens alors que l'indexicalité, le support de leur réflexion n'en portait aucun.

On pourrait résumer l'indexicalité comme l'ensemble des signes objectifs attachés à  un phénomène et le désignant comme objet unique alors que la réflexivité serait le résultat le résultat d'une culture particulière, chacune s'articulant à  l'autre dans un rapport chronologique o๠le sens se construirait au vu du contexte puis avec la seule aide du processus d'interprétation réflexif. Comme nous le verrons un peu plus loin, il s'agit là  d'une simplification car les deux processus semblent en fait intimement liés. Ce mécanisme cognitif est très répandu. Un exemple dynamique residerait dans le texte suivant :

Question : Connais-tu Hopopop RPG ?

Non ? Alors, le maître dit : "Qu'est-ce que vous faites ?"

"On va à  l'auberge"

"Hopopop, vous êtes à  l'auberge."

Ce petit dialogue, serivt tel quel devrait en plonger beaucoup dans des abîmes de perplexité. Les indications indexicales sont réduites. Les amateurs de Carambars auront éventtuellement reconnu la forme d'une devinette. C'est la première étape de la méthode documentaire d'interprétation. On reconnaît une structure connue (ou Pattern en terme ethnométhodologique) à  laquelle on peut tenter de raccrocher le texte. Il passe alors du statut de texte à  celui pplus précis de devinette. Il s'agit sans doute de quelque chose de drà´le, la suite de la réflexion consistera entre autre à  trouver un sens amusant à  ce petit monologue.

Le rà´liste (celui qui pratique le jeu de rà´le) aura accès à  plus d'informations par le fait même de sa réflexivité. Il pensera que RPG sont les initiales de Role Playing Game (jeu de rà´le en anglais). L'évocation d'un maître l'orientera encore plus vers cette voie. L'évocation d'une auberge, lieu incontournable des jeux médiévaux fantastiques, achèvera de le convaincre. L'association des ces trois éléments viendra renforcer une première hypothèse. La construction finale du sens se fera donc en rapport avec les jeux de rà´les.

Pourtant la devinette ne sera sans doute compréhensible que pour certains rà´listes et ne les fera pas probablement pas tous rire. Ceux qui jouent des parties qui consistent à  combattre les monstres, éviter les pièges et amasser les pièces d'or et les points d'expérience ne comrpendront probablement pas. L'auberge est simplement une formalité de début de partie pour arriver au donjon, là  ou se passe l'action.

D'autres qui jouent dans un sens plus théà¢tral, y verront peut-être la "flemme" du maître à  décrire des moments pas très importants du scénario, quitte à  rogner un peu sur l'ambiance qu'il pourrait créer en s'intéressant à  ce moment particulier de l'histoire.

D'autres encore, qui ont une haute opinion de leur façon de jouer se railleront du premier type de joueur qui n'attendent qu'une chose : aller droit à  l'action pour taper, éviter et amasser.

Dans ces trois cas, l'indexicalité n'est en partie accessible que par le biais d'une évaluation de l'auditeur. Il va estimer en quoi il s'agit d'une blague et en quoi elle se rapporte au jeu de rà´le.

Un non rà´liste qui sait que la personne qui parle pratique ce type de jeu pourra éventuellement associer la blague à  l'activité "rà´lesque". S'il ne la comprend pas, il aura toujours la possiblité de créer un sens : les rà´liste sont des malades mentaux qu'on ne peut pas comprendre, les jeux de rà´le sont une secte dont le langage est codé... Il peut très bien ne pas faire ce lien et chercher un sens ailleurs. RPG est également le nom d'une arme antichar russe par exemple...

Cet exemple montre également que l'indexicalité ne constitue pas une donnée apparente d'un phénomène. On ne peut pas dresser la liste exhaustive des situations indexicales et certaines ne se comprennent qu'à  travers un processus réflexif qui n'est pas accessible à  tous.

La construction du sens s'opère par le biais de l'élaboration d'un système d'hypothèses et de recherche de la vérité o๠l'on essaie de faire coller des signes que l'on perçoit à  une sens possible de la situation.

Accountability

Les dimensions d'un sujet ethnométhodologique

L'ethnométhodologie s'intéresse au sens tel qu'il se constitue. La notion d'accountability est un terme anglais que les ethnométhodologue français ont choisi de ne pas traduire faute de terme équivalent.

L'accountability est un caractère qui doit s'appliquer aux sujets d'études ethnométhodologies. Ils doivent être rapportables, descriptibles, observables, résumables à  toute fin pratique selon les terme de Garfinkel. On réfute donc des objets construits par l'entendement humain et qui véhiculent une part importante d'imaginaire impossible à  circonscrire.

Ainsi, les français, les jeunes ou le chà´mage sont des catégories artificielles qui permettent aux individus de se représenter partiellement dans le monde qui les entoure. L'ethnométhodologie pourrait tout à  fait s'intéresser à  ce que de telles notions recuvrent pour les membres d'un groupe précis qu'elle étudie mais en aucun cas, ces notions ne constitueraient un sujet d'étude car elles ne sont pas accountables et se situent donc en dehors du champ de l'ethnométhodologie.

Peut-on par exemple observer les jeunes? Il sera dans un premier temps difficile de trouver une définition à  chacun de ces groupes. Si les pouvoirs publics considèrent comme jeunes les 15-25 ans, ils ont déjà  plusieurs définitions de ce qu'est un chà´meur. Toutes ces définitions semblent convenir aux pouvoirs publics (autre notion qui n'est pas un account et donc étranger à  l'ethnométhodologie). Il n'est pas dit que tous les individus qui ont une réflexion sur la jeunesse ou le chà´mage soient satisfait des limites d'à¢ge ou de durée de travail reconnues par les institutions.

De la même façon le choix même de la nature des seuils peut être remis en question. D'aucun peut considérer que la personne qui ne cherche du travail qu'une fois ses droits aux ASSEDICS presque épuisés ne devrait pas être considéré comme chà´meuse. A l'inverse, le jeune diplà´mé qui occupe un poste de caissier en même temps qu'il cherche un emploi de cadre pourra toujours se condiérer comme chà´meur alors même qu'il exerce une activité rémunérée.

Une autre limite est consituée par la taille des groupes en question. Les français sont réputés être 60 millions. Si l'on exclut la question de ce qu'est un français, il es t impossible de tous les observer en même directement. On pourra toujours utiliser des statistiques mais celles-ci demeureront le résultat d'une construction d'un objet national qui ne rendra qu'une image déformée et à  la mesure de la recherche de ceux qui s'y intéressent.

Raisonner à  partir d'un petit nombre d'indvidus en s'appuyant sur la loi des grands nombres restent un raisonnement inductif qui reste hasardeux. S'il est éventuellement possible de déterminer quelques grandes tendances que l'on retrouve chez une majorité de français, ces informations resteront partielles et grossières et teintées par les préocupations de ceux qui les établissent. Elle ne permettent en outre pas de comprendre ce que signifie le phénomène observé pour ceux qui le vivent ni d'établir comment il s'est construit et négocié au fil du temps.

Un groupe doit donc être observable, c'est -à -dire qu'il ait une réalité concrète, qu'il soit palpable et que ses dimensions demeurent à  l'échelle du chercheur qui l'étudie (et accessoirement des membres qui le compose). Mais ce caractére d'observabilité est insuffisant, il doit également être rapportable, ce qui signifie que les membres du groupe étudié ont accès au phénomène et en ont conscience. Ils doivent également être en mesure de décrire et de résumer ces phénomènes. Ces quatres critères permettent la construction du sens.

Perceptions indexicales d'un même sujet

L'ethnométhogologie ne s'intéresse pas à  des catégories issues de la simple réflexivité du chercheur, s'il était le seul capable de "voir" les phénomènes qu'il étudie, ses observations resteraient du domaine de l'expression de sa propre réfexivité.

Dès lors qu'elle s'intéresse au sens en train de se construire, ce sens doit exister pour ceux qui le vivent. Le chercheur ne détermine pas à  partir de leurs témoignages des concepts invisibles aux yeux des membres du groupe.

Rapporter la façon dont les membres se racontent eux-mêmes expose la réflexivité des membres du groupe, c'est à  dire le sujet de l'étude. On pourra prendre à  titre d'exemple la notion de classe sociale initiée par Karl Marx.

Il a conçu une représentation des sociétés humaines en classe sociale, outre le fait qu'il s'agisse d'un concept très éloigné de l'ethnométhodologie, cette conception est purement théorique. Dans un premier temps, elle constitue un outil d'analyse historique et pratique des sociétés.

C'est pour poursuivre des buts politiques que les concept de conscience de classe à  vu le jour. Si la pensée de Karl Marx n'avait pas connu le succès qui fut le sien, la classe sociale serait restée la simple expression d'une réflexivité particulière dans un coontexte défini : un parcours individuel spécifique en Europe à  la fin du XIXème siècle.

Mais le conmmunisme a pris des formes d'autant plus mutlitples qu'il a connu un grand succès. Les dirigeants de parti et les intellectuels ont développé une foule de représentations de la classe sociale et bon nombre de travailleurs ont eu effectivement la certitude d'appartenir concrètement à  la classe ouvrière, antagoniste à  celle des bourgeois.

Afin d'éviter toute induction sur les dirigeants de partis et les ouvriers dont je viens de dire qu'elles sont des catégories construites non observables, je peux comparer un texte de Sartre sur la classe ouvrière aux paroles de mon regretté grand-père, ouvrier ayant traversé le XXème Siècle, lecteur assidu de l'humanité, fan de Pif le chien et convaincu d'être communiste.

Le premier voyait comme origine de la classe ouvrière le néant dans le quel la bourgeoisie avait pu la plonger. Pas d'éducation et un travail abrutissant qui empêchent l'homme de penser. Toutes les différences culturelles ou personnalleles étant alors nivelées par le vide qu'on leur imposait. Les ouvrier devaient nécessairement s'associer puisqu'ils n'étaient rien. Aucune incompatibilité n'était envisageable puisqu'ils avaient tout à  gagner et rien à  perdre.

Le second, soudeur et chaudronier, très sà»r de lui et de ses compétences, prenant un malin plaisir à  montrer sa supériorité aux ingénieurs américains du plan marsahall en réalisant des travaux réputés impossibles. Très fier et soucieux de travailler mieux et plus vite que n'importe qui. Méprisant et gardant ses distances avec le manÅ“uvre, un prétendu ouvrier bon à  rien.

On observe ici comment un phénomène n'existe que quand il est racontable.On peut construire de l'extérieur un objet ouvrier et classe sociale, lui trouver des raisons objectives d'existence, cela restera le résultat d'un imaginaire particulier. Quand celui-ci parvient à  s'étendre aux individus concernés, on note immédiatement une interprétation différente pour chaque intéressé. Ainsi l'idée originale de la classe ouvrière démontre son artificialité avec son application concrète à  des groupes particuliers d'ouvriers qui en auront toujours une vision différente et d'une plus grande richesse.

Ethnométhodes

Les ethnométhodes sont les processus que les membres d'un groupe utilisent pour mener à  bien leurs actions pratiques. Les actions pratiques sont les activités quotidiennes et banales que chacun assure sans y prêter une attention particulière. L'ethnométhodologie est donc l'étude de ces ethnométhodes.

Au cours de ces actions, aussi inintéressantes qu'elles peuvent paraître, les membres d'un groupe doivent résoudre des situations dans lesquelles les autres membres sont également impliqués. Pour parvenir à  mener à  bien ces actions, ils doivent partager des façons de faire et des représentations communes.

Les méthodes qu'ils utilisent pour celà  sont un résultat négocié avec les autres membres. Ces méthodes n'existent que localement, c'est-à -dire à  l'intérieur du groupe étudié.

Allants de soi

Définition

Les allants de soi est une expression qui qualifie l'ensemble des comportements vus et non remarqués, c'est à  dire les ethnométhodes que les acteurs mettent en Å“uvre sans pour autant le faire consciemment.

Dans chaque action quotidienne, le comportement suit un nombre très élevé de codes implicites qu'il est inutile de développer tellement ils semblent naturels. C'est un allant de soi que de ne pas demander de viande dans une boulangerie. Personne ne se conduit de cette façon et il ne viendrait à  l'idée de personne d'en faire la remarque. Le boulanger ne ressent aucunement le besoin de mettre un panneau le rapppelant dans sa boutique.

Il est donc intéressant de constater qu'il existe des règles de comportements établies et respectées par une grande majorité de gens, sans qu'il soit pourtant nécessaire de les édicter, oralement ou de façon plus institutionnelle.

On pourrait également considérer que les allants de soi sont également des règles potentielles. Elles ne sont pas dites parce qu'elles n'existent qu'à  l'état de potentiel, absentes de l'esprit des membres. L'existence d'autres règles explicites limitent néanmoins l'infinitude potentielle des sens. L'allant de soi est donc la règle qui est déterminable par un processus réflexif d'un membre en fonction d'un contexte pré-existant et qui limite les possibilités d'interprétation.

Sens partagé

La négociation d'une sens commun entre les différents acters d'un groupe prend, en partie, la forme d'allant de soi. C'est parce qu'il existe des normes implicites de comportement reconnues par tous que l'on peut dire que le sens est partagé.

On pourrait considérer que les allants de soi ne sont que l'expression des plus plates banalités. Personne ne demande de viande dans une boulangerie parce qu'il sait qu'il n'en trouvera pas. Cela pourrait oaraître le résultat d'un simple bon sens, certes partagé , mais qui demeure simple et évident et qui ne mérite aucune attention.

Sens négocié

Mais les allants de soi ne sont pas simplement partagés par les différents memebres d'un village. Ils sont également négociés, c'est-à -dire qu'ils sont mis en place par ceux qui les suivent. Il est particulièrement intéressant de les mettre en évidence dans la mesure o๠s'ils paraissent le plus souvent couler de source, on se rend compte en les examinant de plus près qu'ils sont bien souvent purement conventionnels.

J'ai par exemple passé deux mois de mon existence dans une famille canadienne anglophone qui achetait, sans doute pour me faire plaisir, des petits pains prétenduments français. c'est avec surprise que je les ai observés mettre leur pain dans leur assiette et non à  cà´té comme il me semblait devoir être fait. L'usage du pain me semblait une évidence, il ne l'est plus.

On pourrait penser que l'usage du pain est un phénomène culturel auquel je suis soumis en tant que français. La suite ce cette anecdote montre qu'il n'y a aucune fatalité dans le domaine. Cette famille canadienne était celle d'une personne ayant habité en France pendant deux ans.

Elle avait un usage du pain qui variait en fonction de son indexicalité. En France son pain était posé à  cà´té de l'assiette et dedans au Canada. Son choix a été de se conformer aux uages du groupe o๠elle se trouvait. En se conformant donc aux allants de soi locaux, elle ne provoquait pas de breaching. Il n'en demeure pas moins que la décision de se conformer à  l'usage local a été le résultat d'une négociation entre cette personne canadienne et le groupe français qu'elle fréquentait.

Le groupe français n'a jamais eu conscience de négocier quoi que ce soit. Pourtant, ses allants de soi n'ayant rien de naturellement légitime ou d'incontournable, leur simple pratique n'est pas une action neutre. Elle pose la première étape d'un processus de négociation de sens. On pourrait parfaitement remettre en cause la pratique du pain sur des bases d'hygienne. De la boulangerie à  la bouche, le pain suit un parcours o๠il est particulièrement exposé à  toute sorte de contamination que nous trouvons parfaitement naturel pour le pain mais qui est totalement impensable pour d'autres aliments.

Ainsi, la pratique évidente dont on avait à  peine conscience se révèle être le résultat d'une construction. Celle-ci s'est réalisée en dehors de la volonté positive des individus concernés. Elle n'est qu'une manière parmi d'autres et révèle dès lors une manière d'opérer symptomatique du village étudié.

CE qui peut sembler du domaine de l'évidence porte malgré tout des informations concernant les pratiques du groupe. C'est dans l'étude de la normalité et en faisant ressurgir les ethnométhodes existantes sous forme d'allants de soi que l'on peut parvenir à  comprendre le fonctionnement du détail d'un groupe.

Membre

La notion de membre revêt une importance fondamentale dans la discipline. L'ethnométhodologie s'intéresse à  des groupes parfois nommés village. Elle pose comme impératif d'avoir comme sujet d'étude des phénomènes observables et racontables. Un village aux frontières mal définies ruinerait tout l'effort précédent. Comment observer quelque chose de flou ? Le problème est donc de définir des limites solides, un ojet cohérent.

L'affaire est des plus délicates dans la mesure o๠lla réflexivité est de mise dans les domaines de l'action humaine. On reprochait précédemment l'impossibilité de donner une définition solide à  un phénomène général tel que le chà´mage, l'ethnométhodologie se doit d'éviter l'évueil qu'elle dénonce chez les autres en étant capacble de déterminer des frontières légitimes à  son objet de recherche.

Le chercheur et son objet de recherche

Le statut du chercheur par rapport au village est de la plus haute importance et permet d'éclairer ce point. A l'inverse de la sociologie qui préconise une distance propice à  l'analyse, l'ethnométhodologie considére que le chercheur doit être membre du village étudié. Cette position permet deux choses essentielles : La thématique de l'objectivation du sujet objectivant est également centrale en sociologie mais plutà´t que de tenter de minimiser les perturbations dues à  la présence du chercheur au point de parfois les nier, l'ethnométhodologie préconise d'intégrer le chercheur dans son travail d'étude, quitte à  donner des éléments aux lecteurs pour qu'il puisse le prendre en compte dans sa lecture.

L'ethnométhodologue peut, en étant membre, éviter de calquer directement les patterns propres à  un autre village. Le chercheur extérieur va plus facilement interpréter un phénomène à  partir d'une reflexivité extérieure. Au mieux, il va manquer une foule de signe qui n'évoqueront rien pour lui. Au pire, il va appliquer des patterns qui lui sont propres et produire une analyse particulièrement engagée.

On pourra ainsi citer l'exemple de Pierre Bourdieu qui jugeant la musique rock, en dit qu'elle est simpliste, basique et qu'elle correspond bien à  l'acculturation des masses populaires que Sartre évoque dans l'exemple précédent. Ce genre de jugement fera bondir tout amateur du genre qui connaît bien la complexité immense du rock. Pour eux (et l'honnèteté ethnométhodologique me force à  indique que j'en fais partie), le rock n'est pas un genre de musique mais correspond à  la généalogie d'une foule de genre avec sont lot de nullités, de virtuoses et de génies.

On pourra toujours objecter des éléments théoriques pour prouver cette infériorité : rythmes binaires et mélodies simples. A supposer que cela corresponde toujours à  la réalité, un jugement de valeur peut toujours s'opérer sur des critères totalement différents : l'émotion resentie, la spontanéité, le message véhiculé, le sentiment d'être membre d'un mouvement...

Qui peut considérer que l'un des critères de jugement est supérieur aux autres ? Comment un chercheur qui n'est pas impliqué peut-il comprendre ce que représente un type de musique s'il ne ressent rien en l'écoutant ? Il aura beau collecter les témoignages des intéressés, il restera prisonnier de son extériorité. Soit il se cantonne à  un rà´le de magnétophone sans grand intérêt, soit il déforme les propos par sa propre réflexivité.

Les critères de la condition de membre

L'indéterminabilité de la condition de membre
Pour Alain Coulon, est membre d'un village celui qui en possède les allants de soit et les ethnométhodes. Si l'étude d'un village se fait par le biais de ses ethnométhodes et en faisant émerger ses allants de soi, le membre est à  coup sà»r celui qui possède la connaissance et la maîtrise de ceux-ci.

On pourrait dès lors penser qu'il existe une réalité objective de la situation de membre. Pour savoir si quelqu'un possède ou non le langage et les ethnométhodes de son village, il faudrait avoir une description de celles-ci pour la comparer à  celles des membres présumés.

Mais pour connaître les ethnométhodes et les allants de soi, il faut observer les membres du village. Membres et pratiques se définissent dans une relation réciproque. Le membre possède une connaissance particulière, certes mais comment en juger ? La substance du village est humaine. C'est le membre qui par ses actions porte l'information concernant le village mais c'est également lui qui le détermine puisque les ethnométhodes sont le résultat d'une négociation permanente.

La détermination du membre, une ethnométhode du village étudié
La qualité de membre du chercheur lui permet de définir qui est ou n'est pas membre, quelles sont les limites du village. C'est en tant que membre qu'il met en Å“uvre une éthnométhode propre à  son village et qui lui permet d'en définir les limites.

Parrallèllement, certains membres peuvent ne pas reconnaître tous les autres membres comme faisant partie du village. D'autres à  l'inverse peuvent vouloir y intégrer des personnes qui ne sont pas envisagées dans le première définition du village. Le chercheur se doit de poser les limites du village qu'il étudie. Dès lors qu'il admet que le travail qu'il produit n'est en aucun cas une expression de la vérité, il ne peut trahir que lui-même en posant les limites de son village.

De l'extérieur, il peut choisir des limites arbitraires qui seront plus ou moins pertinentes. La légitimité du village pourra toujours être remise en cause par quiconque, et surtout par les membres du village étudié.

Par contre, si le chercheur est lui-même membre, il a la capacité de définir les limites du village en connaissance de cause. De plus, sa position particulière de membre le rend tout aussi compétent que quiconque pour décider qui est ou n'est pas dans le village. Il pourra être remis en cause par les autres membres, mais ceux-ci n'auront pas plus raison que lui, ils seront sur un pied d'égalité.

Bien évidemment, le choix du chercheur est "subjectif". Il a simplement le mérite d'indiquer clairement quels sont ses choix et les raisons qui les motivent. En outre, l'ethnométhodologie considère que l'objectivité prétendue d'un chercheur extérieur est déjà  une erreur. S'impliquer directement dans l'action consiste à  admettre l'indexicalité comme un phénomène général auquel le chercheur n'échappe pas. On ne fait pas l'économie d'être vivant a écrit Harold Garfinkel.

Les aménagements de la position de membre

Si le chercheur doit être membre du village qu'il étudie au sens strict, le champ d'étude qui s'offre à  lui est limité. Il ne pourra par exemple pas se lancer dans l'étude de tel ou tel sujet (pour répondre à  un commande par exemple) parce qu'il ne sera pas membre du village.

L'ethométhodologie professionnelle au sens d'une activité principale visant à  accumuler des connaisances scientifiques en peut se faire qu'au travers d'une foule de chercheurs impliqués dans des villages différents. A moins d'un aménagement de la condition de membre, un seul et même individu ne peut systématiser les études ethnométhodologiques.

Le rà´le du sociologue et de produire des réponses aux grandes questions qui agitent la société. Il ne me semble pas qu'il puisse exister de statut équivalent à  la portée de l'ethnométhodologue. Pour mener à  bien un travail d'étude conventionnel comme pourrait le faire la sociologie, il devient absolument impératif de modifier la définition du membre.

Ainsi certains aménagent la position de membre en considérant que le chercheur dans sa relation avec son sujet d'étude constitue un second village o๠le sens est de nouveau créé. Il convient alors de produire une description des ethnométhodes à  partir de cette position.

Le statut du chercheur par rapport à  son terrain n'est alors plus guère éloigné de celui du sociologue contemporain ou de l'ethnologue. Il investit un terrain et tente d'en comprendre les mécanismes en devenant membre d'un village qui ne sera jamais tout à  fait le sien. Sa seule particularité sera de produire un discours sur un sujet particulier : la description des ethnométhodes.

Méthodologie

Le chercheur/membre n'a finalement une parole qui n'a pas plus de poids que celle de n'importe quel autre membre. Devrait-on pourtant lui en accorder plus ? Doit-on finalement, lui accorder un quelconque crédit ? Si ce qu'il dit est digne d'intérêt alors même qu'il ne fait que raconter ce qu'il vit, chaque discours consitue un travail ethnométhodologique digne d'intérêt.

Le discours du chercheur a simplement le mérite d'être formulé et de s'appuyer sur quelques méthodes spécifiques. Les conclusions sur lesquelles il débouche n'ont par contre pas plus de valeur que celles d'un autre membre.

On peut en effet considérer n'importe quelle discussion de bar sur un pied d'égalité avec un travail ethnométhodologique. L'ethnométhodologie considère simplement qu'il en est de même pour n'importe quelle autre science humaine. Dans un cas comme dans l'autre, les méthodes de raisonnnement demeurent les mêmes.

La différence essentielle est simplement que l'ethnométhodologie n'a pas pour objet de construire un sens. Elle tente de comprendre comment le sens se construit dans groupe précis, ce qui ne se fait généralement pas ni dans les discussions de débit de boisson, ni à  l'intérieur d'un village quel qu'il soit. Si les membres ont une compétence unique pour construire du sens, ils ne s'interrogent que rarement suir la manière dont ils se constuisent. L'ethnométhodologue s'intéresse donc à  son village sous un angle inédit.

Breaching

L'ethnométhodologue utilise quelques méthodes simples pour essayer de faire émerger les informations pertinentes qu'il ne perçoit pas quand il utilise sa compétence unique de membre pour construire du sens. L'une d'elle est le breaching. Elle consiste à  perturber la routine habituelle pour faire ressortir ses mécanismes (allants de soi) par lesquels le sens se négocie. L'information est en général nouvelle dans le village. Elle peut être validée par celui-ci ou produire un débat qui dévoile encore plus les ethnométhodes (c'est-à -dire les méthodes locales de construiction du sens) que les membres utilisent pour négocier ce nouveau sens.

Harold Garfinkel a par exemple demandé à  ses étudiants de rentrer chez leurs parents en se comportant comme des invités. Ils ne parlaient pas trop et se montraient très polis. Comme ils étaient membres de la famille, leur politesse était perçue comme de l'obséquiosité. Le village familial ne comprenait pas ce qui se passait. Cette perturbation permettait de comprendre certains mécanismes de construction de sens pratiqués depuis fort longtemps et pourtant non remarqués, c'est-à -dire qu'ils n'étaient pas consciemment connus ou ni volontairement formulés puisqu'ils découlaient du bon sens.

On constate que dans cette idée d'allants de soi, il existe des comporements qui échappent à  la conscience de ceux qui les adoptent. La différence fondamentale avec la sociologie est que ces comportements sont vus et non remarqués, ce qui signifie qu'ils restent à  la portée des membres du village. Le chercheur n'est pas le seul qui soit capable de les voir et de les interpréter.

Indifférence ethnométhodologique

Le chercheur/membre fait appel à  son appartenance à  d'autres villagespour prendre une certaine distance par rapport à  ce qu'il observe. Il doit adopter une attitude générale d'indifférence ethnométhodologique. Non pas qu'il se refuse à  exprimer des jugements de valeur, mais plus radicalement il doit parvenir à  se sentir en partie désolidarisé de l'action. L'utilisation conjointe des points de vues de ses autres villages d'appartenance et du comportement volontairement décalé du breaching permettent d'atteindre cet état.

Yves Lecerf considère que le chercheur occupe trois positions dans son travail d'observation :

  1. L'implication complète et sincère dans l'action du village concerné offre au chercheur une place de membre au même titre que n'importe quel membre.
  2. Par le simple fait de commencer à  décrire l'action en cours, il se pose comme observateur de son propre village et prend donc une position extérieure.
  3. Utilisant sa capacité d'interprétation, il structure l'expérience qu'il a du terrain et le discours qu'il produit à  son endroit.

L'indifférence ethnométhométhodologique découle de ces trois attitudes qui ne peuvent être tenues simultanément. Comment le chercheur pourrait-il être à  la fois impliqué et distant ? Il doit adopter les trois points de vue consécutivement, l'un permettant d'éclairer les autres. Ces trois positions doivent clairement ressortir dans ses écrits. S'il rajoute en plus quelques éléments biographiques, le lecteur peut alors interpréter encore plus efficacement son travail.

Lien avec d'autres sciences

Empruntant à  la phénoménologie son sujet d'étude est distinct de ceux de la sociologie ou de l'ethnologie, ni de la psychologie ou de la linguistique, on peut la considérer comme une forme de sociologie, elle demeure en effet proche d'une sociologie contemporaine qui prend en compte les perturbations induite par le chercheur et qui s'appuie sur des méthodes qualitatives.

On ne peut néanmoins pas la considérer comme une branche de la sociologie dans la mesure o๠elle s'est clairement posée en rupture avec elle. La proximité de la sociologie "moderne" est sans doute due à  une critique de la sociologie classique à  laquelle l'ethnométhodologie a participé et qui a en a fait évoluer les pratiques.

On peut distinguer quelques aspects réellement originaux. La place du chercheur comme membre à  part entière de l'objet étudié est l'une d'elle. Elle détermine en outre une série de concepts bien précis auxquels elle se réfère et qui sont utilisables par d'autres. L'ethnométhodologie a en outre la prétention de répondre à  trois critères de scientificité :

Mais surtout, l'ethnométhodologie ne s'intéresse pas à  la validité des sens existants mais à  leur élaboration. La construction du sens est une activité humaine, l'étudier pour elle-même revient à  étudier un aspect de l'Homme. L'ethnométhodologie mérite donc pleinement son label de science humaine et rompt sur ce points précis avec la tradition d'Auguste Comte, d'Emile Durkheim ou de Max Weber qui reste encore bien ancrée dans la sociologie contemporaine.

Le premier visait à  produire une "discipline sociale" qui se pratique comme une religion pour le peuple et comme une science pour l'élite. Le second voyait la sociologie comme une "science morale" qui devait permettre de faire des choix politiques selon des critères objectifs. Le troisième, grand supporter de la première guerre mondiale, se posant la question de la grandeur de l'Allemagne dans le monde du début du siècle possédait ses propres objectifs.

Dans ces trois cas, la sociologie était un lieu de création de sens, elle était donc en cela confondue avec l'objet d'étude Homme sans pour autant pouvoir l'admettre.

L'ethnométhodologie tente de dépasser cette confusion et s'inscrit en cela à  la suite du second Wittgenstein. Pour y parvenir elle s'appuie sur la phénomènologie et des notions de la linguisitques. Une série de paradigmes qui ne sont pas soumis au principe d'indexicalité pourtant énoncés comme une propriété incontournable du monde. Ces paradigmes issus du monde universitaire transgressent donc leurs propres fondements.

Pourquoi devrait-on alors attribuer plus de valeur à  ces paradigmes plus qu'à  ceux de Durkheim ? Si tout se résume à  une induction qui est elle-même l'expression indexicale d'un village, il est impossible pour un ethnométhodologue d'invalider les conclusions d'une autre discipline. Si l'ethnométhodologie s'octroit le droit de critiquer la sociologie plus qu'une autre discipline universitaire, c'est qu'elle se reconnait dans cette discipline.

Ethnométhodologues

Liens Externes http://perso.club-internet.fr/vadeker/corpus/ethno.html