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Eugénisme

  

L'eugénisme (du grec eu, bien et gennà¢n, naissance) signifie littéralement bien-naître. L'eugénisme est une idéologie fondée sur le darwinisme et la génétique ; elle cherche à  appliquer à  la société humaine la théorie de la sélection naturelle.

à€ strictement parler, l'eugénisme existe depuis la nuit des temps : qu'est-ce en effet que le choix d'un conjoint sinon une forme légère (mais pas toujours exempte de violence!) d'eugénisme : la plupart des animaux à  sang chaud des deux sexes recherchent bien le meilleur partenaire et l'ouvrage de Geoffrey Miller "The mating mind" montre sur onze chapitres que ce choix se révèle chaque fois qu'on l'étudie associé à  des traits génétiques. Mais c'est là  ce que l'on nomme eugénisme passif et qui n'est point controversé. Un point plus discutable est celui de l'eugénisme actif.

Sommaire
1 Histoire du terme eugénisme
2 Interprétations de l'eugénisme
3 Le cas de l'eugénisme nazi
4 Bibliographie
5 Voir aussi

Histoire du terme eugénisme

La signification du terme eugénisme a évolué depuis sa première utilisation. Le terme eugénisme est dérivé du terme eugénique. Le terme (the eugenics) a été popularisé par le psychologue et physiologiste anglais, Francis Galton, cousin de Charles Darwin. Avant l'utilisation du terme eugenics, F. Galton a également utilisé le terme viriculture.

En 1883, Francis Galton (alors totalement ignorant des travaux de Gregor Mendel sur la transmission des caractères héréditaires) écrivit un ouvrage utilisant pour la première fois le terme the eugenics. A l'époque, Galton commettait une confusion entre d'une part l'amélioration génétique des races humaines par sélection de caractères héréditaires jugés souhaitables et/ou élimination des caractéres jugés indésirables et d'autre part l'amélioration des individus par des interventions portant sur leurs conditions de vie.

Cette confusion entre aspect génétique et aspect social ne s'est dissipée que progressivement. Par exemple, en 1936, J. Huxley définit l'eugénique comme étant l'ensemble des méthodes visant à  améliorer les races humaines et dont l'objectif consiste à  compenser la tendance des systèmes sociaux et politiques des pays développés. A cette époque, le terme d'eugénique semble avoir eu une définition beaucoup plus sociale que génétique.

Cependant, le principe initial défini par Galton était directement en rapport avec l'enseignement et les travaux de Darwin, lui-même très influencé par Malthus. Selon Darwin, les mécanismes de la sélection naturelle sont contrecarrés par la civilisation humaine. En effet, un des objectifs de la civilisation est d'une certaine façon d'aider les défavorisés, donc de s'opposer à  la sélection naturelle responsable de la disparition des plus faibles. Selon les tenants de l'eugénisme, la perte d'efficacité liée à  la protection de la civilisation pourrait entrainer une augmentation progressive du nombre d'individus qui auraient normalement dà» être éliminés du fait des processus naturels de la sélection. Les partisans de l'eugénisme proposent donc de promouvoir des actions visant à  compenser les effets de la perte des mécanismes de sélection naturelle au sein des sociétés dites évoluées.

Les principes de l'eugénisme sont donc posés sur cette conception de base - compenser la perte des mécanismes de sélection naturelle -; cette conception a inspiré de très nombreuses et très diverses philosophies, théories scientifiques ou pseudo-scientifiques, et pratiques sociales.

Remarquons toutefois qu'un humaniste comme Jean Rostand a mis en garde dans son ouvrages Pensées d'un biologiste contre le fait qu'une société qui prendrait sérieusement en mains la question de l'eugénisme pourrait bien s'assurer un avantage décisif sur les autres. C'est d'ailleurs ce qu'ont plus ou moins visé jadis les familles royales, et plus généralement les classes dominantes de toutes les nations à  toutes les époques; et qui a encore lieu aujourd'hui.

Interprétations de l'eugénisme

Cependant, cette conception très darwinienne n'a pas été reçu de la même façon dans tous les pays. Ainsi, la France par exemple, a longtemps été très réticente aux idées darwiniennes car très marquée par la lamarckisme et influencée par la position de l'Eglise Catholique.

En quelques mots, la différence majeure entre l'enseignement de Darwin et celui de Lamarck, porte sur le moteur de l'évolution :

De bonnes intentions, des moyens discutables, un but incertain

Selon ses défenseurs l'eugénisme visait à  assurer une humanité plus adaptée, donc en principe plus heureuse. Ce n'est donc pas sa fin en elle-même qui a été criticable, mais bien souvent les moyens choisis. Si le diabète et d'autres maladies héréditaires venaient être être éliminées par thérapie génique ; cette forme d'eugénisme-là  pose moins de problème que l’eugénisme du début du XIXe siècle et du XXe siècle.

Nous avons vu plus haut que les moyens utilisés avaient en revanche dépassé les bornes autorisées par nos propres valeurs.

Mais quid de l'orientation à  choisir, même par des moyens licites ? Au XVIIIe siècle, on aurait pu vouloir favoriser l'émergence d'hommes robustes capables surtout d'une grande endurance pour devenir portefaix ou travailleurs de force. Au XIXe, la machine à  vapeur avait déjà  commencé à  faire à  ce type d'hommes une concurrence si bon marché qu'elle les transforma progressivement en chà´meurs : ils étaient déjà  sur ce point devenus inadaptés.

Le XIXe siècle aurait favorisé sans doute l'apparition d'une autre type d'homme : l'employé aux écritures à  la mode de Dickens, capable d'additionner douze heures par jour de longues colonnes de chiffres sans se fatiguer ni se tromper. Quel emploi la deuxième moitié du XX{} siècle, o๠un ordinateur faisait le même travail pour juste quelques centimes, aurait-elle pu trouver pour un type d'homme n'ayant que ces qualités-là  à  offrir ?

Et dans les deux cas en moins de six générations.

"Nous devons éviter que nos buts deviennent pour nos enfants leurs prisons", disait Myron Tribus ("We should ensure that our goals do not become their gaols). Bien plus que les moyens employés, qui peuvent dans certains cas être irréprochables, c'est probablement là  que se trouve la principale impasse de l'eugénisme, dès lors que celui-ci s'attache à  autre chose qu'à  la simple élimination - en observant une stricte éthique - des maladies héréditaires.

Position de pays tels que la France ou l'Union Soviétique sur l'eugénisme

Position des pays anglo-saxons, germaniques ou nordiques

(Stérilisations forcées en Suède)

Position de l'Eglise Catholique

Le cas de l'eugénisme nazi

Jusqu'en 1933, l'eugénisme était considérée comme une doctrine scientifique. Il s'agissait d'améliorer la (ou les) race(s) humaine(s) à  travers le contrà´le de la reproduction. à€ travers l'eugénisme, les scientifiques espéraitent éliminer les pathologies héréditaires (on parle d'eugénisme médical) ainsi que les déviances sociales qui pourraient avoir une origine héréditaire (telle que la criminalité).

La politique eugéniste de l'Allemagne nazie s'est mise en place dès 1933. Elle consiste d'une part à  favoriser la fertilité des humains considérés supérieurs (politique pro-nataliste, soutient familial, pouponnières...) et d'autre part à  prévenir la reproduction des humains considérés comme inférieurs ou eugéniquement non désirables (les criminels...).
Par exemple, l'Allemagne a cherché à  lutter contre l'avortement pour les femmes considérées supérieures, alors que dans le même temps la circulaire secrète de 1934 autorisait l'avortement pour les femmes devant être ultérieurement stérilisées. Le décret secret de 1940 a été plus loin en rendant obligatoire l'avortement pour les femmes "inférieures".
Un autre exemple est celui de l'homosexualité, alors considérée comme une maladie. L'Allemagne eugéniste proposait aux homosexuels le choix entre la castration volontaire ou la mise en camps de concentration.

Avant même l'arrivée de Hitler au pouvoir, la majorité des scientifiques et des hommes politiques étaient favorables à  l'eugénisme. La loi de 1934 portant sur la stérilisation eugénique s'est mise en place à  l'aide de la participation active du docteur Gà¼tt (médecin haut fonctionnaire), de Falk Ruttke (juriste) et Ernst Rà¼din (psychiatre génétique suisse). Cette loi impose la stérilisation obligatoire pour les malades atteint de neuf maladies considérées comme héréditaires ou congénitales (cécité, alcoolémie, schizophrénie...). On estime que 400 000 allemands ont été stérilisés entre 1934 et 1945. Ces stérilisations ont fait l'objet d'un quasi consensus dans la communauté médicale allemande.
D'autres pratiques, hors cadre légal, ont été utilisées pour éliminer les personnes indésirables, camps de concentration pour les alcooliques, criminels, délinquants, asociaux divers, castration des criminels sexuels et homosexuels, stérilisation des enfants batards nés de mères allemandes et pères africains, nord africains, indochinois de l'armée d'occupation française, extermination des tziganes et des juifs.

De nombreuses études montrent que l'eugénisme allemand n'était pas l'acte isolé d'un pervers, mais le résultat d'un processus d'élimination systématique, basé sur des techniques souvent de haut niveau scientifique.
Il est également intéressant de noter que l'eugénisme a remis en avant une notion alors obsolète : celle de "race aryenne" alors que les anthropologues de l'époque parlaient plutà´t de race nordique ou de race alpine.

Bibliographie

Voir aussi

arrêt Perruche, homme amélioré, néo-malthusianisme