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Expérience de Milgram

Expérience sur la soumission à  l'autorité, menée par Stanley Milgram dans les années 1970, et ayant provoqué de nombreux remous dans l'opinion.

Cette expérience a été mise en scène dans le film I comme Icare, fiction basée sur le meurtre du président Kennedy, avec Yves Montand dans le rà´le principal (le film est de Henri Verneuil). Le sujet arrive dans un hà´pital, il est censé participer à  une étude sur la mémorisation qui serait facilitée par une répression (punition) associée à  une mauvaise réponse. Pratiquement, l'expérience comporte trois personnages:

Au départ, l'apprenant récite quelques mots puis se trompe. Le véritable sujet lui envoie une décharge électrique faible. Au fur et à  mesure, la décharge devient plus forte et le sujet apprenant finit par "se tordre de douleur" sur son siège. Le vrai sujet "implore" auprès du "docteur" l'arrêt de l'expérience. Celui-ci evidemment, lui demande de continuer, c'est pour le bien de la science et c'est dans le cadre d'un hà´pital. Le fin mot de l'histoire: jusqu'o๠le vrai sujet (qui a la perception de faire mal à  l'autre) va aller avant de refuser la soumission à  l'autorité? fascinant et inquiétant...
Cette expérience montre les limites de l'obéissance à  l'autorité. Les résultats étonnants de l'expérience montrent que l'absence de sens critique face à  l'autorité empêche l'individu de réagir de manière consciente et volontaire en lui désobéissant, comme ce devrait normalement être le cas quand l'ordre intimé est injuste. 
L'expérience est renouvellé un grand nombre de fois en faisant varier les paramètres :
Milgram affirme non seulement que les structures sociales sur lesquelles se fonde le fascisme n'ont pas disparu, mais qu'elles se sont modernisées, gagnant ainsi en efficacité. Il en conclut que l'exercice du libre arbitre est non seulement indispensable sur le plan intellectuel mais qu'il est salutaire dans les faits.

Dans les sociétés industrielles contemporaines, l'accroissement de la population et le progrès technique se traduisent par un perte de l'autonomie et du sens critique de l'individu qui font que ces sociétés remplissent toutes les conditions posées à  l'exercice du pouvoir autoritaire : « En mettant à  la portée de l'homme des moyens d'agression et de destruction qui peuvent être utilisés à  une certaine distance de la victime, sans besoin de la voir ni de souffrir l'impact de ses réactions, la technologie moderne a créé une distanciation qui tend à  affaiblir des mécanismes d'inhibition dans l'exercice de l'agression et de la violence ».

Les sujets sont réduits à  la simple condition d'agents, état dans lequel l'individu cesse de se voir comme responsable de ses actions et se considère comme un simple instrument à  travers lequel d'autres réalisent leurs désirs. On comprend dès lors pourquoi le comportement du sujet se voit si aisément contraint par l'autorité. Dès sa naissance, l'enfant est fortement socialisé selon le principe d'obéissance, à  l'école, dans la famille, au service militaire et jusque dans l'entreprise. Milgram précise à  cet égard que « la propension à  la désobéissance est d'autant plus grande que le niveau d'instruction augmente ; elle est plus forte chez les médecins, les avocats et les professeurs que chez les techniciens et les ingénieurs ; de même, elle est plus forte chez les protestants et les juifs que chez les catholiques. » Une autre variante importante dans « l'obéissance acritique » s'est révélée être l'influence du groupe. Ainsi, quand la responsabilité est partagée, elle semble être diluée. Enfin, selon Milgram, il y a lieu d'ajouter un dernier facteur, l'influence décisive du système industriel capitaliste. Les sociétés doivent actuellement faire face à  l'alternative suivante : encourager le sens critique de manière à  rendre possible une désobéissance consciente et volontaire ou éduquer afin que l'on soit soumis et obéissant à  la façon d'un automate.

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