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Métaphysique

     

La métaphysique désigne :

Sommaire
1 Étymologie
2 Les grandes problématiques de la métaphysique
3 Histoire de la métaphysique
4 La métaphysique dans les autres civilisations
5 Citations
6 Bibliographie
7 Voir aussi

Étymologie

Étymologiquement, la métaphysique (ta meta ta physika) est ce qui vient « après Â» les choses concernant la nature (i.e. après l'étude de la nature), et désigne donc les livres classés après ; une autre étymologie, suivant une traduction inhabituelle et peu probable, donne ce qui est « au-delࠠ» de la physique. Mais le mot physique a un sens qui est lui-même métaphysique, puisqu'il désigne la nature en tant que principe : on ne peut donc opposer a priori métaphysique et physique, puisque l'étymologie (et l'œuvre d'Aristote) indique plutà´t une continuité entre les deux domaines. Le sens de ces mots est en outre susceptible de varier d'une époque à  une autre.

On pense que l'emploi de ce mot remonte à  la classification du corpus aristotélicien (Ier siècle avt JC), les livres traitant de « l'étant en tant qu'étant Â» venant « après Â» ceux touchant à  la « physis Â» ou nature. La raison en serait que l'éditeur, Andronicos de Rhodes, ne savait pas dans quelle division classer les traités que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom.

Ce terme a fini par s'appliquer au Moyen à‚ge (par exemple chez Averroes) à  toute question relative aux principes premiers ou à  la philosophie première.

D'après le sens donné à  physique, la métaphysique sera (avec les problèmes que cela pose):

Les grandes problématiques de la métaphysique

L'objet de la métaphysique est l'être en général. Voici quelques interrogations fondamentales de la métaphysique :

La métaphysique est aussi parfois divisée en deux parties, dans la scolastique (étude des transcendentia ou ontologie, théologie) et chez les philosophes classiques ; on trouve cette division encore au XVIIIe siècle. Spinoza permet d'illustrer une telle division. En effet, dans les Pensées Métaphysiques, il traite dans une première partie de la métaphysique générale, i.e. de l'être en tant qu'être : Dans une deuxième partie, il traite de la partie spéciale de la métaphysique : Ce plan permet de se faire une idée plus précise de l'organisation possible des concepts de la métaphysique. C'est une organisation logique, qui est aussi une théorie de la connaissance.

Histoire de la métaphysique

Métaphysique grecque

Parménide

Parmi les philosophes Présocratiques, Parménide est celui qui pose la question avec le plus de force, n'esquivant aucun des problèmes relatifs à  une véritable pensée de l'être, puisque, d'une part, il identifie être et pensée, et, d'autre part, il interdit la pensée vraie d'autre chose que ce qui est, avec les conséquences logiques que cela comporte :

La première voie de recherche dit que l'àŠtre est et qu'il n'est pas possible qu'il ne soit pas. C'est la chemin de la certitude, car elle accompagne la vérité. L'autre c'est que l'àŠtre n'est pas et que le Non-àŠtre est. Cette voie est un sentier étroit o๠l'on ne peut rien apprendre.

Aristote

(voir Substance (Aristote)) La question fondamentale de l'être, héritée par Aristote, est celle des principes et des causes de l'être. Il réduit à  la question de la seule ousia (catégorie de la substance) : ce problème se trouve donc pour lui au fondement de la recherche physique, c'est-à -dire qu'il relève aussi de l'étude de la nature.

Aristote s'efforce de distinguer les différents sens du mot être, pour éviter les pièges logiques de la pensée parménidienne. Ces analyses préfigurent la pensée analytiques et les tentatives de dépasser la métaphysique par l'analyse du langage.

Aristote résume l'ensemble des questions portant sur la nature et sur l'être à  la question : qu'est-ce que la substance (ousia) ? (Métaphysique, livre Z). On ne peut parler de ce qui est, dans quelque ordre que ce soit, sans savoir ce qu'est la substance qui reçoit des prédicats suivant des relations nécessaires ou accidentelles. Ces relations fondent la possibilité de la connaissance, la science étudiant les relations nécessaire. Le problème est alors de savoir ce qu'est la substance simpliciter, c'est-à -dire ce qu'elle est en tant qu'elle est, en elle-même. En ce sens, la métaphysique d'Aristote, qui aura une grande influence au Moyen-Age, n'est pas absolument différente de l'ontologie de Platon.

Dans l'ensemble de son histoire, la pensée philosophique grecque a tenté d'élaborer des réponses rationnelles, satisfaisantes au regard des critères démontrés ou supposés de la raison ou logos. L'être est ainsi la catégorie fondamentale de la pensée antique.

Pendant la période hellénistique, la métaphysique affronte les objections décisives du scepticisme et de la Nouvelle Académie ; ce sont les Stoiciens qui seront les défenseurs les plus remarquables de la substance, élaborant une conception logique de la réalité qui sera redécouverte seulement au début du XXè siècle (voyez Russel par exemple). La lutte entre métaphysique et scepticisme structure une grande partie de l'histoire de la philosophie, et c'est pour surmonter cette tension que Kant élaborera sa philosophie transcendantale.

Métaphysique et théologie

Cette pensée grecque de la réalité, qui fait parfois de l'être, ou même de l'au delà  de l'être, le fondement divin du monde, s'est trouvée intégrée par étapes successives dans les références intellectuelles des civilisations islamiques, juives et chrétiennes, transformant considérablement les fondements intellectuels strictement théologiques et issus des différentes Révélations concernées. La pensée métaphysique et la pensée théologique se sont ainsi trouvées indissociablement liées durant toute la période scolastique. Cette influence théologique s'est développée au moins jusqu'à  Hegel et Schopenhauer, et fut violemment dénoncée par Friedrich Nietzsche.

Thomas d'Aquin

La philosophie première est pour Thomas une connaissance rationnelle et naturelle, qui précède chronologiquement la théologie, connaissance surnaturelle qui dépasse la raison sans la contredire. Thomas distingue l'être et le essence : Dieu est, de part sa propre essence, mais la créature a l'être.

Duns Scot

Métaphysique moderne

Critique kantienne

L'histoire de la philosophie occidentale, de Descartes à  Kant, est principalement l'histoire d'une prise d'autonomie de la raison puis d'une critique des possibilités de cette même raison :

à  l'age classique, les philosophes (Descartes, Spinoza) dogmatisent, lorsqu'ils cherchent à  fonder des systèmes de pensées sur une conception rationaliste de Dieu. Le sens de l'être tend alors à  dépendre essentiellement de Dieu, l'être par excellence ; c'est une telle édification de la métaphysique que Kant va vouloir renverser.

dans la Critique de la raison pure, en effet, Emmanuel Kant veut démontrer que la Métaphysique ne peut revendiquer le statut de science à  part entière, car elle procède indépendamment de l'expérience et par simples concepts. La métaphysique est donc une science analytique, car on peut en exposer et définir les concepts fondamentaux, mais elle ne parvient pas à  nous instruire sur ce qui est indépendant de notre expérience sensible. En particulier, il n'est pas possible de faire de l'être un prédicat, puisque l'être est défini comme une position absolue, hors de la portée de notre sensibilité.

En revanche, nous pouvons connaître la constitution de notre connaissance, de notre entendement, et établir les limites de la raison pure spéculative : cette connaissance dite transcendantale permet selon Kant d'édifier une nouvelle métaphysique de la nature et une métaphysique des mœurs (droit et éthique).

Cette conception réduira la philosophie à  une théorie de la connaissance et se développera surtout à  partir de 1870 dans le néo-kantisme.

On peut considérer que les œuvres de Georg Hegel, Johann Gottlieb Fichte et Friedrich Schelling sont parmi les derniers grand systèmes philosophiques qui partent de principes métaphysiques fondés rationnellement.

La métaphysique au XXe siècle

Il y a eu au XXe siècle plusieurs tentatives de dépassement de la métaphysique ; il faut prendre garde que ce mot de dépassement a pris de nombreux sens, dont notamment :

Le positivisme logique

Le Cercle de Vienne s'était fixé pour but de débarrasser la philosophie de la métaphysique, en appliquant à  tout énoncé un positivisme vigoureux, parfois éclairé, mais trop souvent fanatique : ainsi la négation de la métaphysique conduit-elle logiquement à  affirmer que l'art n'a aucun sens, ce qui est manifestement absurde, comme le fera remarquer Popper.

Dans cette perspective, tous énoncé doit pouvoir être analysé et renvoyer à  quelque de réel par exemple en répondant à  des questions telles que :

Cette critique logique, développée par Carnap par exemple, dénonce entre autres, les confusions du vocabulaire heideggerien. Dans cette perspective, la métaphysique est réduite à  une poétique du vécu, qui exprime le sentiment que l'on a de l'existence, sans jamais renvoyer à  quelque chose de scientifiquement attestable.

La question de l'être est au fondement des différentes formes de l'existentialisme et une des œuvres philosophiques les plus influentes du XXe siècle, celle de Heidegger, est tout entière orientée par cette recherche. Chez ce dernier, comme chez Sartre, le sens ne vient à  l'être que grà¢ce au néant, ce qui retrouve peut-être ainsi une intuition fondamentale des premiers théologiens (voyez Denys l'Aréopagite) et de la mystique.

Le XXe siècle n'a donc pas éliminé la métaphysique, mais il a gravement remis en question les raisons de distinguer celle-ci de la physique. On en trouvera un exemple dans les réflexions métaphysiques de Michel Bitbol à  propos de la physique quantique dans « Physique quantique, une introduction philosophique ».'

La métaphysique dans les autres civilisations

(voir Philosophie chinoise, Philosophie de l'Inde)

Mais ce terme d'origine grecque n'est manifestement pas réservé au monde occidental : on peut l'appliquer, avec quelques nuances importantes, à  presque toutes les grandes civilisations orientales : le Vedanta en Inde, les écrits Taoà¯stes en Chine sont tout autant « métaphysiques » quoique les modalités d'approches soient différentes de celles du monde gréco-latin et chrétien.

Par exemple, dans la Bhagavad-Gîtà¢, le chant XI montre Arjuna contemplant l'omniforme :

"Et comment, à´ grand àŠtre, ne s'inclineraient-ils pas devant toi, plus vénérable que Brahmࢠlui-même, toi l'ordonnateur primordial ? O Seigneur infini des dieux, toi qui fais de l'univers ta demeure, tu es l'impérissable, l'àŠtre et le Non àŠtre et ce qui est par-delà ."

Dans le Tao-Tà¶-King de Lao Tseu :

"Le Tao qu'on tente de saisir n'est pas le Tao lui-même ;
le nom qu'on veut lui donner n'est pas son nom adéquat.
Sans nom, il représente l'origine de l'univers ;
avec un nom, il constitue la mère de tous les êtres."

Le philosophe Nāgārjuna expose dans le Mulamadhyamakakarika la doctrine bouddhiste de la vacuité, qui du point de vue de la philosophie occidentale est un scepticisme ontologique :

"Si l'Etre n'est pas, de quoi le non-Etre est-il la négation ?"

Citations

Bibliographie

Voir aussi


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