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Mal

 

Le mal est un mot qui décrit un certain type d'événements, de comportements ou d'états de fait jugé nuisible, destructeur ou immoral, et source de souffrances morales ou physiques. Il est possible de distinguer : Parmi les problèmes que suscite l'existence du mal, deux ont une importance particulière : savoir ce qu'il est et pourquoi il existe ; savoir s'il est possible de vouloir le mal.

Sommaire
1 Difficultés
2 Nature et causes du mal
3 Histoire du mal
4 Source
5 Le problème du mal
6 Bibliographie
7 Citation
8 Voir aussi

Difficultés

Ce qu'est le mal, est en soi déjà  un problème. C'est même le principal dans un cadre purement et véritablement athée, et donc dépourvu de toute morale transcendante.

En principe, tout le monde s'accorde à  peu près. Toutes les religions, toutes les législations ont les mêmes interdits fondamentaux : tuer, voler, mutiler (hormis à  titre rituel) ou faire souffrir, parfois même mentir pour les plus exigeantes d'entre elles, etc. (Cf par exemple le décalogue. Ces interdits, suivant les religions considérées, s'appliquent soit uniquement envers les membres de la même religion, soit à  toute l'humanité.

En pratique, certaines situations amènent à  s'interroger : ne faut-il pas parfois admettre et même faire un mal, pour éviter un mal plus grand ? Un meurtre pour éviter une guerre ? Une guerre pour éviter un génocide ? Une torture pour éviter un attentat ? Les réponses divergentes montrent qu'il n'est pas si facile de bien définir le mal. Ou, pour reprendre une phrase célèbre, il est parfois moins malaisé de faire son devoir que de le connaître.

Nature et causes du mal

Le domaine de ce qui est estimé mauvais est vaste et ses limites sont variables :

Histoire du mal

La sagesse grecque à  propos du mal :

Les Présocratiques

Le problème du mal s'est posé dès la naissance de la philosophie : Et les choses retournent à  ce dont elles sont sorties « comme il est prescrit ; car elles se donnent réparation et satisfaction les unes aux autres de leur injustice, suivant le temps marqué », comme il le dit en ces termes quelque peu poétiques.

Platon et néoplatonisme

Stoà¯cisme

Sénèque voit dans certains maux un spectacle digne des dieux :
Voici un spectacle digne d’appeler les regards du Dieu qui veille à  l’œuvre de ses mains ; voici un duel digne de Dieu : l’homme de cÅ“ur aux prises avec la mauvaise fortune, surtout s’il a provoqué la lutte. Oui, je ne vois rien de plus beau sur la terre aux yeux du maître de l’Olympe, quand il daigne les y abaisser, que ce Caton, inébranlable après la chute dernière de son parti, et debout encore au milieu des ruines de la république. (...) Les dieux pouvaient-ils ne pas se complaire, à  voir leur élève échapper à  la vie par un si beau et si mémorable trépas ? C’est une apothéose qu’un trépas admiré de ceux-là  même qu’il épouvante. (De la providence).

Epicure

Cyrénaà¯sme

Gnosticisme

Le gnosticisme, à  partir de la fin du Ier siècle après J.-C. distingue radicalement Dieu et le monde : le monde est fait de matière et s'oppose à  l'esprit, comme le mal s'oppose au bien. Dans cette conception, il semble impossible de penser un dieu de lumières créateur d'un monde obscur et changeant : c'est donc en fait un dieu ennemi qui l'a créé, le prince des ténèbres. Le bien et le salut ne sont donc pas de ce monde.

Manichéisme

Leibniz

La question du mal est le problème philosophique qui a le plus préoccupé Leibniz.

Kant

Pour Kant, est mauvaise toute action ou tout comportement qui ne peut être généralisé à  tout le monde sans déclencher le chaos. Par exemple, tout le monde peut se nourrir sans que la société ne dégénère en chaos. Se nourrir n'est donc pas mal. A l'inverse, tout le monde ne peut pas voler le bien d'autrui, car la société deviendrait anarchique. Voler est donc mal.

Nietzsche

Nietzsche soutient comme Sénèque que les maux subit par les hommes sont parfaitement justifiables si l'on se rend compte que la souffrance infligée peut être une source de plaisir : les tortures et les executions publiques n'ont pas en effet toujours été rejetées dans le domaine de la barbarie, et ont pu être considérées comme un divertissement. De même, dans l'Iliade, on lit que la souffrance des hommes est un spectacle pour les dieux et pour les poètes. Selon cette thèse de Nietzsche, le mal est donc justifié si l'on prend le point de vue de celui à  qui il peut faire plaisir. Cette thèse suppose cette vérité barbare que faire souffrir est une cause de plaisir. Outre cet aspect esthétique du mal (nous avons vu plus haut le caractère sublime du mal chez Sénèque), la souffrance, selon Nietsche, nous rend plus fort : Ce qui ne me tue pas me rend plus fort (Crépuscule des Idoles).

John Rawls

La théorie de la justice de John Rawls obéit à  une logique similaire : une situation peut être considérée comme juste si ce qui revient à  chacun nous rend indifférent à  être une personne ou une autre. En application, le droit d'aînesse serait donc un mal sauf si l'avantage associé se contrebalançait de devoirs supplémentaires pour rétablir l'équilibre. On observe dans beaucoup de sociétés cette idée de rachat des privilèges par les devoirs (Noblesse oblige) avec l'idée que dans de telles conditions il n'existe plus de privilèges à  proprement parler, mais des opportunités supplémentaires de faire le bien assorties de sanctions si ce devoir n'est pas accompli en retour. On n'est pas loin ici de la parabole des talents décrite dans l'évangile !

L'article premier de la déclaration des Droits de l'Homme de 1789 est tout à  fait dans cet esprit lorsqu'il édicte que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » Malheureusement, aucune procédure claire n'est à  ce stade définie pour atteindre cet objectif, et sa mise en Å“uvre est laissée à  l'éventuelle bonne volonté des députés ! La suite se devine...

La déclaration de 1948, bien que remplie davantage encore de bonnes intentions (« Article XIV. Toute personne a droit au travail... » !), est tout aussi muette sur la façon de les mettre en Å“uvre en pratique. Au moins a-t-elle le mérite de les définir.

Enfin, quelques gouvernements dans le monde désirent définir une position selon laquelle les droits de l'homme (surtout d'ailleurs ceux de la femme !) ne seraient pas adaptés à  leur culture et constitueraient une vision du monde propre à  l'occident que celui-ci ne serait pas fondé à  imposer. On peut toutefois les renvoyer aux principes difficilement contestables de Rawls : leur serait-il vraiment indifférent d'être homme ou femme dans le type de société qu'ils prà´nent ?

Norman Spinrad

L'écrivain Norman Spinrad articule ses livres sur l'idée que les conflits sont rarement une opposition du bien au mal, et beaucoup plus souvent « un conflit entre deux visions différentes et incompatibles du bien ». En un tel cas, hélas, comme Pascal l'avait remarqué, ne pouvant trouver le juste, il ne reste plus qu'à  trouver le fort. Mais ce n'est pas là  une solution bien reposante, ni satisfaisante pour l'esprit. N'existe-t-il pas un moyen rationnel de distinguer objectivement le bien du mal, ou à  défaut de parvenir à  un consensus qui regrouperait l'essentiel de l'humanité mis à  part une minorité d'irréductibles ?

Source

Dans certaines traditions, la solution est toute simple : il y a soit un agent spécialisé dans le mal (le diable ou son équivalent), soit une guerre permanente entre agents surnaturels (Dieux ou forces spirituelles) qui induit le mal pour les pauvres mortels (comme la guerre entre seigneurs provoque des souffrance dans le peuple), soit tout simplement un mal inevitablement lié à  la simple existence.

Mais, dans les traditions monothéistes, avec un Dieu unique, le mal devient une véritable question théologique. En effet, il est difficile d'admettre que Dieu cause directement le mal (ou laisse faire le diable, ce qui revient au même), et tout aussi difficile d'admettre que le diable est suffisamment indépendant pour faire ce qu'il veut (on n'est plus véritablement dans un cadre monothéà¯ste). Ces religions répondent par le mystère : seul Dieu connaît le bien et le mal, et l'homme n'est pas qualifié pour penser le mal, son existence et sa source.

Le problème du mal

Le problème du mal est la question de savoir si l'existence de faits tels que la souffrance physique et la souffrance morale est un argument qui rend déraisonnable la croyance en l'existence de Dieu. Ce problème est parfois vu comme un mouvement de protestation face aux innombrables événements violents d'origine naturelle ou humaine (meurtres et viols d'enfants, tortures, maladies, catastrophes naturelles, etc) qui frappent sans raison apparente de nombreux innocents, et il est l'un des arguments les plus importants de l'athéisme.

Différentes conceptions de Dieu

Pour pouvoir comprendre les réponses susceptibles de résoudre ce problème, il est important de commencer par déterminer ce que l'on entend par le mot "dieu".

Ainsi, suivant une certaine conception :

Le problème, logiquement formalisé de cette manière, démontrerait l'inconsistance logique de l'existence de Dieu, car les quatre premières propositions ne peuvent être soutenues toutes à  la fois (seules quelques unes peuvent l'être en même temps). Ce qui serait donc ainsi démontré d'une manière parfaitement rigoureuse, ce ne serait pas le manque de fondements rationnels des croyances religieuses, mais leur caractère entièrement irrationnel.

Dans cette formulation, cependant, le problème se pose pour le cas d'un dieu conçu comme métaphysiquement parfait, cause première, fondement de l'être, ou être par excellence, dont l'essence se confond avec l'existence, et dont les attributs sont la toute puissance, l'omniscience, la bonté, etc. Dans ce cas, la question se pose bien de savoir pourquoi le mal existe s'il y a un tel être.

Il est possible d'échapper à  cette contradiction logique, dans le but de maintenir l'affirmation de l'existence de Dieu, en niant l'une des prémisses du raisonnement et en se posant la question de savoir si cette question du mal se pose également dans ces cas :

Le problème du mal concerne donc certaines déterminations du concept de Dieu et certaines croyances que les hommes possèdent à  son sujet.

On peut le formuler de deux manières :

Différentes conceptions du mal

Mais de telles formulations logiques ne rendent pas encore compte des differents sens que le mot "mal" peut prendre ; et, en effet, le mal dont on se sert dans ces raisonnements peut varier considérablement d'une conception à  l'autre. Il peut en effet être question de tout mal qui se produit, ou d'une certaine quantité de mal, ou d'une certaine sorte de mal. De plus, on peut distinguer différents types de maux en tenant compte de leur origine : naturelle ou humaine, et l'on doit bien sà»r utiliser ces distinctions pour l'analyse complète du problème.

Or, ce qui ne semble être qu'une série de distinctions inutiles pour le raisonnement pose en réalité quelques problèmes. Ainsi, dans le cas o๠l'on entend par mal, tout le mal qui se produit en général dans le monde, on présente un concept qui fait abstraction des différences qui peuvent exister entre les maux, présupposant de ce fait qu'il est légitime d'inclure de manière indifférenciée tous les maux dans le problème. A cette conception du mal, on peut répondre qu'il est raisonnable de vouloir que certains maux disparaissent sans pour autant vouloir la disparition du mal en général.

Par exemple, la peine que provoque un exercice physique ou intellectuel peut être jugé au final acceptable, et justifier ainsi l'idée qu'un monde bon doit nécessairement contenir une certaine proportion de maux. De même, en ce qui concerne les tenants d'une morale de la vertu (comme par exemple les Stoà¯ciens), certaines des vertus qu'il s'agit d'aquérir pour parvenir au bonheur (courage, prudence, etc.) n'auraient aucun sens s'il n'y avait ni adversité ni efforts à  fournir. De ce point de vue, l'éradication totale du mal serait une mauvaise chose.

La formulation qu'il existe une incompatibilité logique entre l'existence du mal et l'existence de Dieu devrait donc être nuancée, car, en ces termes, et suivant la perspective examinée actuellement, elle n'est pas valide : l'existence de certains maux est en effet compatible avec l'existence de Dieu, car si Dieu est bon, il ne peut vouloir éradiquer tout le mal qui se produit dans le monde.
Mais un tel argument est encore trop général et peut susciter des objections, même lorsque l'on ne parle que de certains maux acceptables et compatibles avec l'existence de Dieu. Il faut pouvoir déterminer le domaine de ces maux. Or, ce domaine est assez variable. Certains auteurs, tel qu'Augustin dans La Cité de Dieu, soutiennent par exemple que certains actes violents, comme le viol ou la torture, doivent être supportés en tant qu'épreuves et en tant que chà¢timents qui corrigent ceux qui les subissent. Ces exemples montrent le caractère particulièrement variable de ce que l'on juge justiable et compatible avec la volonté divine. Ils montrent également que la caractérisation des maux suppose une hiérarchie qui s'inscrit dans une reflexion d'ensemble sur le concept de Dieu.

Avec l'exemple d'Augustin, un autre aspect du problème du mal est mis en avant, celui de la liberté humaine, par laquelle nous serions rendus aptes à  choisir entre des actions bonnes ou des actions mauvaises. La question est alors de savoir pourquoi Dieu a crée des êtres libres, permettant ainsi aux hommes de faire le mal, de tuer, de torturer, de violer, etc., comme dans le cas des guerres et des pillages évoqués par Augustin. A cette question, une réponse semblable à  la précédente est possible : l'absence de liberté supprimerait sans doute le mal qui peut découler de nos actions, par exemple si l'homme avait été crée de telle sorte qu'il soit toujours déterminé à  faire le bien, mais ce bien n'en serait plus un ; la bonté des actions humaines ne serait plus qu'un résultat prédeterminé, supprimant toute valeur morale et toute responsabilité telles qu'elles sont comprises dans cette perspective. L'action bonne librement décidée n'existe donc que si des actions mauvaises sont possibles. Encore une fois, l'existence d'un dieu bon et tout puissant serait compatible avec l'existence du mal, et une certaine sorte de mal serait même logiquement la conséquence de son existence et de sa bonté.

L'argument général qui invalide le raisonnement vu plus haut selon lequel Dieu n'existe pas parce que le mal existe est donc en résumé le suivant :

Difficultés de ces arguments

Ces arguments sont pourtant loin de résoudre entièrement la question :

Dans les deux cas, en effet, on justifie une certaine catégorie de maux par ce qui est précisemment mis en cause : ainsi l'existence d'un dieu tout puissant et bon mise en cause par l'existence du mal est-elle rendue acceptable par l'existence de ce même dieu, puisque sans ce dieu, le mal ne pouvant être expliqué, il s'en suit que Dieu n'existe pas.

Bibliographie

Citation

Voir aussi

Morale | Bien | Théologie| Théodicée | Arguments contre l'existence de Dieu | Arguments pour l'existence de Dieu