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Panthéisme

    

Du grec πὰν (tout) et θέος (dieu), le Panthéisme est un système philosophique selon lequel:
  1. tout ce qui est, existe non seulement par Dieu mais en Dieu.
  2. Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde mais il lui est immanent (en opposition au Dieu créateur et transcendant).

Certains pensent que le panthéisme s'oppose par essence au théisme (monothéisme et polythéisme) et à  l'athéisme. Il s'apparente à  différents courants, majoritairement orientaux, généralement réunis sous le terme monisme par opposition au dualisme.

D'autres pensent que pour être panthéiste, il faut "par essence" d'abord être théiste.

Dieu est la nature: Spinoza et la preuve du Panthéisme

La doctrine panthéiste n'est pas étrangère à  la Cabale. C'est en s'inspirant des obscures croyances de cette secte juive que Spinoza développe sa vision panthéiste. Dans son Éthique, Spinoza prouve que le panthéisme est la seule explication logique de considérer Dieu et l'univers. Bien que le terme en question n’apparaît 18è siècle, donc aie été étranger à  Spinoza lui-même, il résume, quoique très grossièrement, l’essentiel de la pensée de l’auteur. Dieu n’est pas cet être suprême, transcendant et personnel. Il est en fait impersonnel et immanent au monde, c’est-à -dire qu’il fait partie du monde. Les êtres, au lieu d’être vus comme une création de Dieu, sont perçus comme une affection de la substance, une expression de Dieu. Ayant ceci en tête, on peut comprendre ce qui amène Spinoza à  écrire son Éthique, et à  le faire selon la méthode géométrique. On peut, puisque Dieu est la nature, et non un être céleste résidant hors du monde, en faire une étude toute scientifique, avec la méthode des sciences naturelles. Tout n’est donc qu’une seule chose, et cette seule chose, c’est Dieu. Il ne peut, tel qu’on le voit dans la proposition 14 de l’Éthique , exister autre chose que Dieu. Mais pourquoi? Comment peut-on le prouver? Spinoza y parvient en trois moments, tournant autour de la question de détermination des choses. D’abord, prouver qu’il ne peut y avoir deux substances de même nature, et donc qu’une substance ne peut produire une autre substance. Ensuite, prouver que Dieu, en tant que substance constituée d’une infinité d’attributs, existe. Finalement, conclure que rien ne peut être conçu en-dehors de cette substance divine.

Au début du texte, Spinoza, suivant la méthode géométrique, définit les termes utilisés et énonce les axiomes impliqués dans son argumentation. Voyons en brièvement quelques un qui nous seront utiles. La substance est « ce qui est en soi et est conçu par soi. Â» Il n’est donc pas nécessaire de se référer à  autre chose pour comprendre une substance. Par attribut, on entend « ce que l'entendement perçoit d'une substance comme constituant son essence. Â» C’est donc l’attribut qui permet de concevoir l’essence d’une substance. Bien qu’il en existe une infinité, on ne connaît que deux attributs : la substance pensante et la substance corporelle. Par modes, on désigne les modifications, les affections de la substance. Les modes ne peuvent exister par eux-mêmes, mais résident dans une autre chose, par laquelle ils sont aussi conçus. Quant au concept de Dieu, c’est pour Spinoza un être absolument infini, une substance faite d’une infinité d’attributs. C’est aussi la seule substance, comme il nous revient maintenant de le démontrer. Passons donc à  l’argumentation en tant que telle.

Si une substance n’en requiert pas une autre pour exister, et que les affections de cette substance sont conçus par elle, on doit conclure qu’une « substance est antérieure en nature à  ses affections Â». En d’autres termes, les choses existent avant leur essence. La table est table avant d’être une table rouge, et ainsi de suite. De même, sachant qu’une substance est conçue par elle-même et ne dépend pas d’une autre (déf. 3), deux substances n’ont rien de commun entre elles si elles ont des attributs différents. Spinoza ne fait qu’étendre ici la définition 3. Si, en effet, une substance ne dépend par d’une autre c’est qu’elle a son concept en elle-même, et ainsi son concept « n’enveloppe pas le concept de l’autre. Â» Les deux substances sont donc entièrement indépendantes, elles ne se connaissent pas mutuellement. Or, une chose ne peut en causer une autre si elle ne la connaît pas.

On en arrive à  la question centrale, qui est la détermination des choses, c’est-à -dire ce qui nous permet de distinguer une chose d’une autre. Pour Spinoza, c’est soit la « diversité des attributs des substances Â», soit « la diversité des affections des substances. Â» Puisqu’une chose ne peut exister que par elle-même, on ne peut la distinguer que par ses propres propriétés, c’est-à -dire ses attributs et ses affections. Or, comme nous l’avons démontré, la substance vient avant l’affection. Si on écarte les affections et qu’on se concentre seulement sur la substance en elle-même, on ne peut plus la distinguer. Si c’est en revanche l’attribut qui détermine la substance, on ne peut distinguer deux substances ayant le même attribut. On doit conclure qu’il « ne peut y avoir dans la nature deux ou plusieurs substance de même nature ou attribut. Â» (Prop. 5) Nous avons prouvé qu’une substance ne peut pas en produire une autre si elle n’a rien de commun avec elle. Nous affirmons maintenant qu’aucune substance, en fait, n’a quoi que ce soit en commun avec une autre. On peut en déduire qu’« une substance ne peut par être produite par une autre substance. Â» (Prop. 6) Voilà  qui conclut ce premier mouvement de l’argumentation portant sur la substance en tant que telle. Voyons maintenant ce qui en est de Dieu.

Si une chose ne peut être produite par une autre, c’est qu’elle est sa propre cause. Cela implique que « son essence enveloppe nécessairement son existence Â» (Prop.7), donc qu’elle existe. Or, puisque toute substance doit être unique et qu’elle existe nécessairement, elle doit exister soit comme chose finie, soit comme chose infinie. Spinoza réfute toutefois la thèse de la finitude. Si une substance est finie, c’est qu’elle est limitée par une autre de même nature qui, elle aussi, existe nécessairement. Or, nous avons démontré qu’il ne peut y avoir deux substances de même nature. Il est donc absurde qu’une substance existe comme chose finie. En découle que « toute substance est nécessairement infinie. Â» (Prop. 8) Cela inclut aussi Dieu, que nous avons décrit comme étant un être absolument infini. Or, si on admet que l’essence enveloppe nécessairement l’existence, on doit aussi admettre que Dieu, substance constituée par une infinité d’attributs, existe. (Prop. 11) Toutefois, Spinoza réserve aux sceptiques une preuve plus soignée. Il souligne qu’on ne peut prouver que Dieu existe en se référant à  une autre chose car, nous l’avons vu, deux choses différentes ne se connaissent pas l’une l’autre. On ne peut non plus infirmer son existence, pour les mêmes raisons. On doit donc expliquer Dieu par sa propre nature. Or, démontrer que Dieu n’existe pas en utilisant des notions contenues dans sa substance est absurde. Cela reviendrait par exemple à  montrer qu’une table n’existe pas en utilisant sa couleur ou sa solidité comme argument. Le but de ce second mouvement est atteint : nous sommes parvenus à  une définition de Dieu et à  une preuve de son existence. Tà¢chons maintenant de conjuguer à  cela ce que nous avons dit de la matière.

Dieu, qui existe par sa nature même, est indivisible. C’est le cas pour toute substance absolument infinie, qu’on ne peut considérer autrement. En effet, imaginons que cette substance soit divisible. Dans un cas, les « morceaux d’infini Â» retiendraient les attributs de leur état d’origine (non divisé) et on aurait plusieurs infinis. Or, nous l’avons démontré, on ne peut concevoir deux substances ayant les mêmes attributs. Dans l’autre cas, la substance infinie ne serait plus et, ayant démontré que Dieu existe bel et bien, cela est impossible. Dieu existe, il est infini et indivisible. Mais s’il est infini, c’est qu’il possède tous les attributs possibles. Il est donc parfait, au sens classique du terme, puisqu’il contient nécessairement plus d’être que toute autre chose. Toute substance doit donc s’expliquer par un des attributs de Dieu. Mais cela est absurde car il ne peut y avoir deux substances possédant les mêmes attributs. De plus, une substance ne peut s’expliquer que par elle-même. La seule solution est d’admettre que rien n’existe en-dehors de Dieu. Si quelque chose pouvait être conçu en-dehors de Dieu, cette chose devrait être conçue comme étant existante. Comment pourrait-elle alors exprimer une essence puisque toutes les essences demeurent en Dieu? Cette substance hors de Dieu n’aurait donc pas d’attributs, et puisque les attributs définissent la substance, ne pourrait exister. Or, nous avons démontré que toute substance existe nécessairement. On ne peut donc penser aucune substance en-dehors de la substance divine. Il n’y a dans la nature qu’une seule substance, qui est Dieu, et qui possède tous les attributs.

Les références entre paranthèses revoient aux différentes propositions de la première partie de l'Éthique.