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Philosopher

Le mot "philosopher" est un mot ambigu : en un sens large, il peut désigner la contemplation, dans une conception générale du monde, comme résultat de l'amour de la connaissance; mais, en un autre sens, il désigne un art de bien vivre. Il désigne donc à  la fois une représentation de type contemplative (connaissance pure) ou une activité plus engagée dans la vie proprement humaine. L'activité de philosopher concerne donc à  la fois l'action morale et politique, et nos moyens de connaître.

En quoi ceci est-il une spécificité de l'activité philosophique ? La conception du monde (l'acte de contempler) du philosophe se distingue-t-elle des autres conceptions du monde ? Deux questions proprement philosophiques peuvent servir de guides :

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Sommaire
1 Analyse d'expressions courantes
2 Etude des notions et division de la philosophie
3 Risques de la philosophie
4 Spécificité de la philosophie
5 Pourquoi philosopher ?
6 Citation
7 Bibliographie
8 Liens

Analyse d'expressions courantes

Les mots "philosophie", "philosophe", "philosopher", ont chacun plusieurs sens, et ces sens dépendent d'un contexte. Ce contexte est défini par ce que fait la personne qui parle ou dont on parle, par l'objet de notre discours, ou par l'activité dans laquelle nous sommes engagés. Par exemple :

Etude des notions et division de la philosophie

Apprend-on la philosophie ou à  philosopher ?

Sur quoi porte l'activité philosophique ? Les expressions courantes ne s'identifient sans doute pas toujours au sens propre de l'acte de philosopher, mais un contenu peut être dégagé, i.e. un objet qui forme la matière de la discipline appelée "philosophie." Pourtant ces objets sont nombreux : l'homme, le monde, les moyens de la connaissance, l'action morale et politique. Toutes ces matières à  reflexion ont cependant ceci de commun qu'elles supposent un maniement d'idées, de notions, de concepts. Or ce maniement n'est certainement pas aléatoire, et on s'attend à  ce que la philosophie soit quelque chose comme un art de raisonner, i.e. d'examiner, de réunir, de comprendre, etc. des concepts, en suivant des règles strictes.

C'est ainsi qu'une théorie est un ensemble de concepts rationnellement organisés. En philosophie, il existe plusieurs possibilités d'organisation des concepts, possibilités d'autant plus nombreuses que l'activité de la philosophie n'est pas limitée par un objet. L'ensemble des concepts peut par exemple être organisé d'après la division grecque de la philosophie : la connaissance de la nature, ou physique, l'éthique et la logique, science du raisonnement, c'est-à -dire méthode du bon gouvernement de l'entendement. A ce titre, la logique structure la connaissance du monde et ordonne l'ensemble des notions de la philosophie morale. Ce troisième domaine peut être aussi considéré comme une théorie de la connaissance. Cette division est parfois attribuée à  Platon, mais elle n'est explicitement formulée qu'à  partir du Stoà¯cisme. Une autre division, prenant en compte le fait que la physique n'est plus aujourd'hui une partie de la philosophie, consiste à  distinguer seulement théorie de la connaissance et éthique. Mais il existe en réalité bien d'autres domaines, telles que l'esthétique, la philosophie politique, etc., qui ont pris une certaine autonomie au cours de l'histoire de la philosophie.

En théorie, la philosophie couvre tous les domaines de la réalité, puisque son objet par excellence est la réalité même, physique et mentale (en ce sens, la philosophie est dite philosophie première ou métaphysique). Dans les faits, il n'y a qu'un nombre limité de concepts, dont la liste est évidemment toujours ouverte, et ce sont ces concepts qu'il faut étudier pour s'initier à  la philosophie. Ils peuvent être étudié pour eux-mêmes (apprentissage de la pensée, de l'analyse, du raisonnement en général), ou liés à  d'autres concepts avec lesquels ils forment un domaine spécifique (morale, esthétique, etc.), ou encore suivant leur devenir historique (connaissance des systèmes des philosophes, histoire de la philosophie). Ainsi, l'étude des concepts d'une part, et, d'autre part, l'étude de la logique, forment une initiation complète à  la philosophie, dont la finalité est de penser par soi-même : sapere aude.

Si cela est juste, alors on peut comprendre pourquoi la philosophie ne s'apprend pas : il n'y a pas un contenu donné et constitué dont on peut dire : voilà  toute la philosophie. La philosophie, comme science achevée, n'existe pas. L'apprentissage de la philosophie n'est donc pas un apprentissage de la mémoire, mais un exercice de la raison. Cet exercice s'appuie sur l'évidence des concepts et sur la nécessité des demonstrations.

La méthode pour enseigner la philosophie ne peut donc être dogmatique (elle ne peut être indiscutable et refuser toute critique) ; elle doit être zététique. On apprend pas la philosophie, on apprend à  philosopher. Penser par soi-même ne suppose donc pas de connaître les doctrines des philosophes. Mais peut-on pour autant se passer de tout apprentissage. Nous avons vu que non.

Pensée critique et autonome

L'idéal philosophique est donc de penser par soi-même, de se fixer à  soi-même sa propre norme. àŠtre libre, cela peut donc signifier participer activement et consciemment à  l'histoire du monde en étant son propre guide.

Mais, dans ce cas, pourquoi la plupart des hommes se contentent'ils d'une philosophie spontanée, i.e. d'une sagesse du sens commun qui n'est pas vraiment éclairée ? Parce qu'ils sont là¢ches et passifs :

Il y a ainsi deux positions possibles devant la philosophie :

Risques de la philosophie

Ces cadres sont très libres, puisque contrairement aux sciences de la nature qui se définissent par un
objet et une méthode, la philosophie n'a pas de limites a priori. Cette liberté découle de la pensée elle-même, du langage, du discours et de la réalité, la philosophie s'intéressant à  tous les sujets que l'on peut exprimer et analyser pour en former des représentations intelligibles. C'est la raison pour laquelle Bertrand Russell estime que la philosophie peut contenir bien plus de choses qu'il n'y en a sur terre et dans les cieux.

Premier type de risques

Mais cette liberté ne va pas sans poser de graves problèmes, car il peut arriver que de pseudo-philosophes s'approprient l'autorité de la pensée, en s'appuyant sur les séductions de la rhétorique (et aujourd'hui, de tous les médias). Le discours philosophique s'éparpille, perdant sa légitimité et son nom. Lucien de Samosate, dans l'Antiquité (et avant lui Platon, Aristote, etc) avait déjà  signalé ce genre de dangers en dénonçant, dans des parodies cinglantes (Philosophes à  vendre), tous les abus de langage qui conduisent à  vider la parole de son sens. Il est donc nécessaire de faire remarquer que si la philosophie n'a de limites et de lois a priori ni dans la réalité ni dans la pensée, cela ne signifie pas qu'elle n'a pas besoin, pour avoir sens et rigueur, de poser des règles à  son activité. Les discours approximatifs, le verbiage vaniteux des ignorants et de certains philosophes en place, l'amateurisme doivent être absolument bannis. Cette question de la rigueur logique oppose ainsi depuis plusieurs décennies la philosophie dite analytique et le philosophie continentale, cette dernière étant accusée par la première de sombrer dans le relativisme et l'opportunisme.

Il faut donc garder à  l'esprit que la philosophie engendre la logique, qui lui permet de donner une rigueur fondatrice à  son savoir ; dans ce but, elle s'appuie également sur la définition précise des concepts, définition sans laquelle, en toute rigueur, il n'y a ni sens ni dialogue possible (lisez sur ce point le livre gamma de la Métaphysique d'Aristote, qui peut servir d'initiation à  la pensée).

Second type de risques

La philosophie est la seule science qui peut être dite libre, car elle n'est soumise à  aucun objet. C'est pourquoi les philosophes authentiques peuvent aussi se tromper et s'égarer dans des spéculations fantaisistes. L'esprit humain n'est pas infaillible et peut s'user comme le corps. De Quincey raconte ainsi les derniers jours de la vie de Kant.

Spécificité de la philosophie

Philosophie et croyances

Le mythe et la philosophie ont un point commun : ce sont des explications cohérentes du monde. Le mythe est un récit fabuleux qui décrit l'origine du monde, de l'homme, de la société.

Mais il y a des oppositions :

Philosophie et sagesse

La sagesse est un
art de vivre ; Elle exprime des préceptes pour la conduite de la vie. C'est bien ce que peut faire également la philosophie. Mais la sagesse est souvent proche du sens commun, du bon sens, et elle est une sagesse de l'expérience immédiate qui ne se fonde pas sur un savoir. La sagesse populaire est de ce fait souvent contradictoire. La sagesse du bon sens n'est donc pas ce que l'on vise par l'activité philosophique.

Philosophie et science

Pourquoi philosopher ?

A la question de savoir pourquoi étudier la philosophie, nous pouvons répondre en nous référant au parcours des origines de la philosophie : il s'agit d'abord de connaître la nature, ses principes et les causes de l'être des choses. Ce domaine d'études appartient aujourd'hui à  la science (la physique était considérée comme philosophie seconde ; voir Descartes, Galilée, Newton). Une telle séparation n'est peut-être pas entièrement légitime. En effet, même si le philosophe n'est plus aujourd'hui un scientifique, il n'en reste pas moins que la connaissance scientifique doit lui servir de point de départ pour bon nombre de ses réflexions ; par exemple, en éthique, avec les problèmes posés par les développements des sciences du vivant (bioéthique). Les activités philosophique et scientifique sont donc inséparables, malgré les difficultés posées par le développement et la spécialisation du savoir moderne (voir science de l'information).

Dans l'Antiquité, la philosophie s'est en partie détournée de la physique, et a surtout privilégié la morale, à  partir de Socrate ; la science est devenue une servante de la recherche du bonheur, ce qui ne fut pas sans entraver son développement. Peut-être voyons-nous encore aujourd'hui la philosophie d'abord sous cet angle, lorsque nous cherchons à  répondre à  la question : « comment vivre Â», ou selon la formulation de Kant : « Que dois-je faire ? Â» On peut donc étudier la philosophie pour répondre à  cette question existentielle, autour de laquelle s'ordonnent les questions de la mort, de la souffrance, de la justice ou de l'injustice de l'existence, ou dans une perspective théologique, la question de notre destination. Mais on peut se poser la question de savoir si une telle restriction est vraiment légitime ; puisque l'activité réflexive du philosophe englobe l'ensemble de la pensée et de la réalité, on ne peut lui fixer une finalité définitive qu'en la mutilant.

Citation

"Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques, prévaut la conviction qu'on ne les possède pas sans se donner de la peine et sans faire l'effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à  qui on fournit du cuir et un instrument, n'est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu'il possède l'unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle - comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d'un soulier. Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence." (Hegel, La Phénoménologie de l'esprit).

Bibliographie

Liens