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Sceptique

Le philosophe Pyrrhon (360 - 270) est le fondateur de l'école sceptique. Nous ne savons rien de sa doctrine, qui ne nous est connue, si l'on peut dire, que par les fragments de l'Å“uvre de son disciple Timon.

Cette philosophie ne semble se développer qu'au premier siècle de notre ère, avec Enésidème, Agrippa et surtout Sextus Empiricus. La Nouvelle Académie paraît en être la véritable héritière pour la période IIIe - Ier siècle av. J.-C Nous possédons deux Å“uvres de Sextus Empiricus, les Esquisses Pyrrhonniennes et Contre les professeurs. Ce qu'ont enseigné les autres sceptiques est difficile à  établir avec certitude (voir à  ce sujet, Victor Brochard, Les Sceptiques grecs, un chef-d'Å“uvre).

D'après Sextus, la philosophie sceptique est une philosophie non dogmatique dont le principe méthodologique est d'opposer à  toute raison valable, et sur tous sujet, une raison contraire et tout aussi convainquante. Le but de cette recherche, que l'on peut qualifier de logique, est de détruire les fausses opinions que nous soutenons à  tout propos et qui nous rendent malheureux en nous trompant sur la nature des choses. Ce dernier point peut être rapproché de l'épicurisme ; mais la comparaison s'arrête là , car le sceptique entend bien rester dans l'ignorance en n'admettant rien qui ne soit douteux. Il ne formule pas d'hypothèses, mais laisse toujours ouverte la possibilité d'une réfutation.

En revanche, la réalité des phénomènes est tenue pour certaine, c'est-à -dire que l'apparence est telle qu'elle nous apparaît. Il ne dit pas : " cet objet (comme substance) est tel (qualité intrinsèque)" ; mais : " cet objet, en tant qu'il m'apparaît, a telle qualité sensible". Cette distinction d'ordre logique permet d'établir des règles de vie issues de l'expérience : en général, le sceptique suit les croyances établies, même s'il n'y croît pas. Les opinions du sens commun lui sont indifférentes : telle est la conclusion morale de cette philosophie, l'ataraxie et l'acatalepsie (absence de compréhension).

Le scepticisme a une importante postérité ; Montaigne, bien sà»r ; mais aussi, dans une certaine mesure (et il faudrait étudier les limites de cette comparaison), la théorie de la connaissance de Kant. Selon Brochard, le scepticisme, dans ses formulations les plus rigoureuses, est une véritable méthode scientifique, comparable à  l'esprit scientifique moderne. En effet, ne posant aucune hypothèse d'ordre métaphysique, le scepticisme n'interdit pas d'étudier les phénomènes et d'en faire la théorie. Mais il faut dire toutefois que ces philosophes ne semblent pas avoir eu conscience de la nouveauté épistémologique de leur doctrine, trop occupés qu'ils étaient dans leur recherche de l'indifférence heureuse.

Voir aussi : François de La Mothe Le Vayer