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Unitarisme (théologie)

 

Ne pas confondre les Unitariens avec les Églises uniates non plus qu'avec les Églises unies.

Le courant chrétien unitarien trouve son origine dans les courants pré-nicéens strictement monothéistes dont le plus connu est l'arianisme. Ce sont des théologies nées du libre examen pour lesquelles les conciles christologiques n'ont pas force de loi.

« Unitarisme : doctrine de certains groupes dissidents de la Réforme qui niaient le dogme de la Trinité parce qu'ils y voyaient un abandon du monothéisme. » (Grand Larousse Universel).

« Les solutions proposées par les divers unitariens ont en commun une insistance très forte sur le thème de l'unité divine et conduisent à  privilégier la nature humaine de Jésus-Christ. » (Encyclopà¦dia Universalis).

Sommaire
1 Des principes de foi
2 Histoire
3 à€ partir de la Réforme
4 Diffusion
5 Persécutions
6 Unitarisme Contemporain
7 Voir aussi
8 Liens externes

Des principes de foi

Contrairement aux christologies chrétiennes dominantes, celles, par exemple, de l'Église catholique romaine, les patriarcats orthodoxes, des évangélicalistes, les Unitariens ne connaissent pas de Trinité. Par fidélité à  l'Ancien Testament, leur représentation du divin est telle que dans le verset « Ecoute Israà«l, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un. »

S'y ajoutent la foi en la raison humaine. Aux vertus chrétiennes de foi, charité, espérance, ils ajoutent la liberté, la raison, la tolérance. Le rà´le de la Bible comme source de révélation est maintenue.

Histoire

Origine

Après la mort de Jésus, ceux qui avaient vu en lui un prophète, et qui attendaient l'avènement du Royaume promis, se regroupèrent en petites et libres communautés qui n'avaient rien de commun avec les Églises traditionnelles et leurs théologiens. Elles rejetaient tout autre magistère que celui de Jésus.

Ces communautés, parfois rivales, faisaient partie intégrante du judaà¯sme dont elles respectaient les prescriptions:

Souvent elles reconnaissaient en Jacques le pilier principal du judéo-christianisme parce qu'il avait été le frère du Maître.

Pour ce qu'elles croyaient de Jésus, il suffit de lire Actes II:22 : « Homme israélites, écoutez ces paroles : "Jésus le Nazaréen, homme approuvé de Dieu auprès de vous par les miracles et les prodiges et les signes que Dieu a faits par lui..." », ou encore, de s'appuyer, entre autres, sur Matthieu 24:36 : « Mais quant à  ce jour-là  [celui de la tribulation], et à  l'heure, personne n'en a connaissance, pas même les anges cieux, si ce n'est mon Père seul », ou encore sur Matthieu 28:18 : « Toute autorité m'a été donnée. » dont Arius argumentait que si toute autorité avait été donnée à  Jésus c'est donc qu'il ne la possédait pas auparavant.

L'opposition à  Paul de Tarse était générale parmi les judéo-chrétiens. Mais elle ne dura pas très longtemps: les adeptes de Jésus se trouvaient pris entre le marteau et l'enclume : les Juifs, souvent hostiles et l'ancien rabbi originaire de Tarse. Le pagano-christianisme l'emporta d'autant plus vite que l'événement de la destruction du Temple par les romains en 70. Dès ce moment les judéo-chrétiens n'eurent plus de centre spirituel. Une voie royale s'ouvrait devant Paul et les pagano-chrétiens.

Ébionisme

Cependant quelques rares groupes subsistèrent tant bien que mal, qui finirent par donner naissance à  l'ébionisme. Ébionite vient d'un mot hébreu signifiant pauvre. Leur doctrine se résumait en quelque sorte par le Sermon sur la Montagne, texte qui, en grande partie, provient d'un texte apocryphe Juif, Les Testaments des douze patriarches. Apparus au Ier siècle, les ébionites continuaient à  observer la loi mosaà¯que, notamment la circoncision, et ne retenaient de la tradition orale qui commençait alors à  être couchée par écrit, qu'une partie de l'Évangile de Matthieu.

Pour eux Jésus n'était nullement Dieu incarné. Il était né comme tout un chacun des Å“uvres d'un homme et d'une femme. Certes, il avait une autre stature que les humains ordinaires, mais s'il était supérieur c'était uniquement par ses vertus et sa qualité de prophète. Quant à  savoir s'il avait été le Messie, les ébionites ne se prononçaient pas, laissant toute liberté aux fidèles. L'ébionisme finit, on ne sait trop pourquoi, par disparaître sans bruit, se fondant dans d'autres communautés.

Les écritures islamiques les mentionnent sous le nom de Hanifa[1] (Hanif au singulier), puis dans les confréries médiévales d'Andalousie, et ensuite en Inde.

Arianisme

Au début du IVe siècle va naître une école de pensée ou hérésie qui sera à  l'origine de la création d'une orthodoxie chrétienne par réaction: l'arianisme, du nom de son fondateur le prêtre Arius (256-336). Celui-ci était probablement l'élève de Mélèce, organisateur de la résistance interne à  Alexandrie lors de la persécution de Dioclétien, en 306. Il se trouva donc à  la tête d'une des communautés d'Alexandrie, jouissait d'une grande considération car il était un prédicateur ardent, poète, et disposait d'arguments solides.

Ses idées sur les relations de Jésus et de son Père du ciel renouaient avec le judéo-christianisme et avaient le mérite d'être plus claires que celles du pape Pierre d'Alexandrie ou de son successeur Alexandre d'Alexandrie. Le peuple ne s'y trompera pas: nombreux seront ceux qui joindront à  lui, prêtres et laà¯ques, délaissant les doctrines qu'Arius dénonçaient comme non conformes aux Evangiles. Il fut plusieurs fois anathématisé, ce qui ne l'empêcha nullement de continuer à  prêcher, enregistrant alors tour à  tout approbations et condamnations. Voir la crise arienne.

à€ partir de la Réforme

Anti-trinitariens de la Réforme radicale

La première branche est théologique et sociale dont le mouvement le plus connu est contemporain de Martin Luther : l'anabaptisme de Thomas Muntzer. Parmi les divers courants de cette Réforme radicale, il s'en trouve d'anti-trinitariens avec des positions assez diverses :

  1. Les uns contestaient simplement que le Saint-esprit fut une personne que l'on pus prier (par exemple Campanus à  Wittenberg).
  2. D'autres, tel Cellarius en 1527, pensaient que la divinité de Jésus était celle que tout homme peut revêtir lorsqu'il est habité par le Saint-Esprit.
  3. Un troisième groupe d'anti-trinitaires voyait en Jésus un homme qui fut divinisé après sa mort et qui prit place, par la Résurrection, parmi les êtres célestes (par exemple Sozzini).
  4. D'autres encore voyaient en Jésus un prophète, non préexistant, né de Joseph et de Marie, non divinisé, par exemple les « judaà¯sants » de Transylvanie (région transfrontalière entre la Hongrie et la Roumanie).

Des anti-trinitaires, il y en eut dans tous les pays de l'Europe occidentale : en Allemagne, en Hollande, en Alsace, en France, en Suisse (Bà¢le, Zurich et Genève), aux Grisons et en Italie du Nord.

Il convient d'insister sur le rà´le important joué par les anti-trinitaires italiens, favorables à  l'anabaptisme, ayant leur centre à  Venise. En 1550, à  Venise, le synode des évêques anabaptistes italiens, représentant une soixante-dizaine de paroisses, adoptèrent une confession de foi en 10 articles, dont le premier stipulait leur foi en Jésus vrai homme et non-Dieu !

Réaction immédiate : l'Inquisition italienne sévit contre tous les Réformés quels qu'ils soient, et c'est un exode vers des cieux plus cléments, vers les Grisons, vers la Suisse. Calvin accueille avec bonté un groupe de Réformés italiens qui organise bientà´t une Église réformée italienne à  l'abri de nos murailles. Seulement voilà , parmi ces réfugiés il y a des anti-trinitaires : Georges Biandrata (qui fut condisciple de François Rabelais à  Montpellier et qui était professeur à  Pavie) ; Alciati et Gentile, ainsi que Gribaldo, habitant à  Farges (Suisse) et visitant souvent ses amis à  Genève. Autre visiteur : Lelio Sozzini. Ces deux derniers tentèrent d'infléchir vers la clémence les adversaires de Michel Servet, en 1553, mais en vain. Persécutés par Calvin, Biandratra, Alciati et Gentile s'enfuirent de Genève en 1558 et se rendirent en Pologne.

Diffusion

Voir aussi :

Persécutions

Jusqu'à  nos jours, jouet des ambitions politico-religieuses de puissants voisins, la Transylvanie vécut des périodes d'oppression variées, mais l'esprit d'indépendance de son peuple permit à  l'Église unitarienne de subsister, clandestinement, malgré la persécution. Les premières oppressions, à  la fin du XVIe siècle, furent calvinistes. Puis arrivèrent les persécuteurs catholiques lorsque la Hongrie fut occupée par les Autrichiens, entre 1690 et 1867. Pourtant les unitariens purent jouir d'une liberté relative dans la partie de la Hongrie tenue par les Turcs. Ils créèrent là  un centre, à  Peez (au sud de Budapest).

L'Église unitarienne de Transylvanie, avec ses filiales en Hongrie, reçut un souffle nouveau dès 1821, lorsque les anti-trinitaires anglais et les unitariens se découvrirent mutuellement. Des liens qui se concrétisèrent par une aide matérielle et morale offerte aux opprimés. Ces frères anglo-saxons adoptèrent aussi le nom d'unitariens, en Grande-Bretagne, puis surtout aux États-Unis d'Amérique o๠les unitariens se comptent par centaine de mille, sans compter tous ceux qui, tout en appartenant à  d'autres Églises, sont personnellement aussi des unitariens.

Quelques martyrs

De fait, l'histoire des anti-trinitaires en Europe occidentale est l'histoire des persécutions dont ils furent victimes de la part des clergés - catholique, calviniste surtout : rétractions obtenues sous la menace, exil, exécutions.

Le 15 avril de l'an de grà¢ce 1539 une femme de 80 ans, Hélène Weigel, montait sur le bà»cher à  Crakow, Après avoir pourri durant dix ans dans une geà´le ou elle avait été jetée à  la suite d'une dénonciation. Celle de l'évêque du lieu en l'occurrence. Elle croyait en l'Unité de Dieu. En conséquence elle niait la Trinité. Elle rejetait en bloc les dogmes et les rites de l'Église catholique. Avant que le bourreau ne mit le feu aux fagots elle cria à  la foule : « l'à¢me de celui qui reste dans la vérité ne saurait être damnée ».

Le 27 octobre 1553 le médecin espagnol Michel Servet, condamné par les calvinistes genevois, subissait le même sort. Niait l'essence divine en trois personnes distinctes. Pour couronner le tout, à  l'instar des anabaptistes il prà´nait le baptême des adultes. C'en était assez pour le faire mourir. Jean Calvin approuva la condamnation, déplorant toutefois que le bà»cher ne fut pas remplacé par la décollation, moins cruelle.

Le bà»cher du Hollandais David Joris en 1559 à  Bà¢le mérite le récit. Après avoir scandalisé le clergé par ses écrits, il vint finir ses jours près de Bà¢le, sous un faux nom, et y mourut en 1556. Trois ans plus tard, on découvrit son identité ; on le condamna ; on exhuma son cadavre qu'on brà»la avec ses écrits !

Le 30 avril 1632, à  Genève, le pasteur Nicolas Antoine était garrotté par le bourreau et son cadavre brà»lé. Il avait prêché l'Unité de l'essence divine, sans distinction de personnes; l'obéissance à  la Loi donnée par Dieu à  Moà¯se sur le Sina௠: la nécessité pour le croyant de la circoncision, de l'observance du Shabbat et l'abstention de viandes impures; que le Messie encore à  venir serait un homme ; l'aberration de la doctrine du péché originel ; la responsabilité de chacun dans l'obtention du salut ; et que le Nouveau Testament est en partie contradictoire avec l'Ancien.

Unitarisme Contemporain

Doctrine

Dieu UN? Mais par rapport à  quoi? L'un en
mathématique peut-il se concevoir autrement que comme unité d'un ensemble? L'Un dont parle l'unitarisme moderne est plus qu'un concept mathématique. S'apparente-il à  une entreprise qui tente d'établir une distinction théologique entre hénothéisme et monothéisme? Si tel est le cas, il ne s'autorise pas à  refuser un caractère non-mathématique à  la théologie trinitaire tout en réservant l'affirmation de sa propre conception du monothéisme. Même ce que Alain de Libéra appelle l'henologie négative d'Eckhart ne pose ni la vérité ni la fausseté de la Trinité !

Diffusion

Les unitariens sont surtout présent aux États-unis (environ 200 000), et en Europe de l'est, notamment en Roumanie (70 000), en Hongrie (1800) et en République tchèque (1000). On peut également noter leur forte présence en Inde (9000), en Grande-Bretagne (8800), et aux Philippines (2000).

Les persécutions sont venues à  bout des unitariens français réunis, au temps de la Réforme, autour de Sébastian Castellon. Ils sont toutefois présents en France, dans le courant libéral de l'ERF, dans les sections françaises de l'UUA ; ils se sont égaillés dans les pays du refuge : dans le courant libéral en Belgique, et en Suisse dans le courant évangélique (à  distinguer du courant évangélicaliste des églises américaines de 1873). L'Association unitarienne francophone (AUF) est l'une des myriades de petites associations culturelles autonomes.

notes

[1] Attesté chez Alfred Louis de Prémarre, Fondations de l'Islam entre écritures et histoire

Quelques théologiens

Quelques unitariens célèbres

Cet article intègre des matériaux copyleft issus de Correspondance Unitarienne, oct. 2002

Voir aussi

Liens externes